Cynthia Fleury
Barbe-Bleue
Jennifer Tamas
Picasso, Epstein, D Pelicot,
Dots amassées,
Curiosité des femmes,
Pas de salut au-dehors.
Barbe Bleue, contre-enquête : une lecture de Jennifer Tamas
Dans Barbe Bleue, contre-enquête. Ce qui fait trembler les hommes, Jennifer Tamas relit le conte de Perrault comme une enquête sur le mariage, le pouvoir masculin et les violences faites aux femmes. Elle ne le réduit pas à un avertissement contre la curiosité féminine : elle demande plutôt ce que l’interdit cache, pourquoi Barbe Bleue conserve les corps de ses épouses, et ce que cette histoire révèle de son époque comme de la nôtre. (seuil.com)
Picasso, Epstein et Dominique Pelicot : la logique de la « collection »
Tamas rapproche Barbe Bleue de figures contemporaines associées à des violences envers les femmes, notamment Jeffrey Epstein et Dominique Pelicot. Le rapprochement porte sur la conservation de traces des crimes : chez Barbe Bleue, les corps sont cachés dans la chambre interdite ; dans l’affaire Pelicot, des vidéos ont été conservées ; l’entourage d’Epstein l’aurait lui-même surnommé « Barbe Bleue ». L’idée commune est celle d’une violence mise en série, dont les victimes deviennent des traces ou des objets de possession. Ce rapprochement ne signifie pas que les situations historiques et judiciaires sont identiques : il met en évidence une même inquiétante logique de prédation et de collection. (humanite.fr)
Picasso apparaît dans cette réflexion par le témoignage de Françoise Gilot, qui l’aurait décrit comme collectionnant les femmes dans son « petit musée personnel ». Tamas s’intéresse ainsi à la métaphore de Barbe Bleue appliquée à un homme qui accumule les relations et semble garder les femmes dans un imaginaire de possession. C’est une comparaison interprétative, pas une équivalence entre le personnage du conte et les faits reprochés aux criminels cités. (cafepedagogique.net)
La dot : une clé pour comprendre les corps gardés
Le détail des épouses mortes que Barbe Bleue garde dans son cabinet peut aussi se lire à la lumière du droit matrimonial d’Ancien Régime. D’après l’analyse rapportée par Philosophie Magazine, Tamas avance que conserver les corps pourrait correspondre à un calcul juridique : à la mort de l’épouse, la dot devait être restituée. Le cabinet secret ne serait donc pas seulement un lieu macabre ; il pourrait évoquer la manière dont le corps et le patrimoine des femmes sont pris dans les rapports de pouvoir du mariage. C’est une hypothèse de lecture, et non une explication certaine du conte.
La curiosité des femmes : non pas une faute, mais un instinct de survie
La jeune épouse ouvre la porte interdite et découvre la vérité. Une lecture morale traditionnelle peut faire de sa curiosité la faute qui déclenche le drame. Tamas conteste cette interprétation : dans les versions de conteuses du XVIIᵉ siècle qu’elle mobilise, la curiosité féminine peut être une manière de percer les mensonges et de sauver sa vie. L’épouse a raison de vouloir savoir qui est l’homme qu’elle a épousé, ce qu’il cache et quel danger la menace.
Le cabinet interdit devient alors une image de l’opacité au cœur du couple : l’épouse n’a pas accès aux secrets de son mari, mais elle est punie lorsqu’elle cherche à les connaître. La clé tachée de sang révèle que le danger existait déjà ; ce n’est pas la curiosité qui crée la violence, elle la met au jour. (seuil.com)
« Pas de salut au-dehors » ? Le conte dit plutôt le contraire
Dans la version de Perrault, la jeune femme appelle sa sœur Anne et attend l’arrivée de ses frères. Son salut vient donc bien d’un secours extérieur. Dire qu’il n’y a « pas de salut au-dehors » ne correspond pas à cette fin : le conte met en scène une femme enfermée dans un espace domestique dangereux, qui ne peut se défendre seule face à son mari et doit attendre de l’aide. (cafepedagogique.net)
Mais Tamas rappelle aussi d’autres versions, où des héroïnes de conteuses déjouent le piège sans attendre leurs frères. Ces variantes déplacent le sens de l’histoire : les femmes peuvent développer leur propre stratégie, et leur curiosité participe à leur survie. Le contraste entre les versions invite à se demander qui peut agir, qui a le pouvoir de secourir, et pourquoi le dénouement de Perrault fait dépendre la survie de l’épouse de l’intervention des hommes. (philomag.com)
En bref
La contre-enquête de Jennifer Tamas transforme Barbe Bleue en récit sur le contrôle des femmes et les secrets du mariage. Picasso, Epstein et Pelicot éclairent des formes modernes de possession et de mise en collection ; la dot fait apparaître l’enjeu matériel du mariage ; la curiosité devient un moyen de connaître le danger, non un vice ; et les différentes fins du conte opposent l’attente d’un secours extérieur à la possibilité, pour les femmes, de se sauver par leur propre ruse.
Cynthia Fleury
Barbe-Bleue
Jennifer Tamas
Meurtre excusable art 324 code pénal,
Madame de Sévigné - 1671 - Fin des grossesses de sa fille
Soumission à Dieu représenté par des h dominants, infantiles et pervers,
Hystérie masculine, dark romance.
Dans Barbe-Bleue, contre-enquête. Ce qui fait trembler les hommes, Tamas invite à ne pas réduire le conte à une mise en garde contre la curiosité féminine. La clé et la pièce interdite peuvent plutôt se lire comme un test de soumission : l’épouse découvre la violence que son mari voulait lui cacher et tente de survivre dans un mariage où elle n’a guère de recours.
Le rapprochement avec l’article 324 est parlant, mais il faut le formuler avec précision : l’ancien Code pénal français prévoyait une excuse légale pour le mari qui tuait sa femme lorsqu’il la surprenait en flagrant délit d’adultère dans le domicile conjugal. Cette disposition illustre la tolérance juridique accordée à la violence masculine. Elle ne décrit toutefois pas directement le crime de Barbe-Bleue : dans le conte, il tue ses épouses parce qu’elles ont découvert ses crimes, et non pour adultère.
En bref : l’article 324 fournit un contexte historique au pouvoir conjugal et à l’impunité masculine que Tamas met en lumière ; ce n’est pas une équivalence juridique entre le conte et le cas visé par cet article.
L’article 324 a été abrogé en 1975. Aujourd’hui, la passion ou la jalousie ne constitue pas une excuse légale : un meurtre reste un meurtre, même dans un contexte amoureux. En revanche, les circonstances concrètes peuvent être examinées par la justice pour déterminer l’intention, la responsabilité et la peine. (Qwant)
En 1671, la fille de Madame de Sévigné, Françoise-Marguerite, part rejoindre son mari en Provence. Elle laisse à Paris sa petite fille, Marie-Blanche, née en 1670. La séparation mère-fille marque le début de leur célèbre correspondance suivie. (radiofrance.fr)
La grossesse évoquée dans les lettres de 1671 est celle de Françoise-Marguerite, qui attend son deuxième enfant. Les lettres de novembre 1671 racontent son neuvième mois. (publis-shs.univ-rouen.fr)
L’accouchement dramatique dont Madame de Sévigné rend compte à Bussy-Rabutin a lieu en 1673, et non en 1671. (persee.fr)
Pour un travail sur la correspondance, 1671 est donc une date importante moins pour une « fin des grossesses » que pour la séparation, l’éloignement et les inquiétudes maternelles exprimées dans les lettres. (radiofrance.fr)
Ces notions peuvent se lire ensemble comme une critique des rapports de pouvoir dans les récits amoureux :
· Dark romance : genre qui met en scène des relations marquées par la violence, la contrainte ou la transgression. La fiction peut explorer ces thèmes, mais cela ne les rend pas acceptables dans la vie réelle.
· Domination masculine : pouvoir exercé par un homme sur une femme, parfois légitimé par le mariage, la religion ou les normes sociales.
· « Hystérie masculine » : Elle peut désigner, dans une lecture critique, les comportements masculins excessifs ou incontrôlés — colère, possessivité, jalousie — que les récits romantisent parfois, alors que des manifestations comparables ont historiquement été pathologisées chez les femmes.
Lien possible avec Barbe-Bleue : le conte transforme la domination conjugale et la menace de meurtre en intrigue fascinante. Une lecture contemporaine peut donc demander comment le récit rend le pouvoir masculin séduisant ou « excusable », et ce que cette fascination révèle des normes de genre. (Qwant)
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Abus, violences économiques ou psychologiques : la trend des "tradwives" serait-elle déjà finie ?
Depuis la crise sanitaire, le phénomène des 'tradwives' a pris de l’ampleur. Sur les réseaux, des centaines d’influenceuses se revendiquent "épouses traditionnelles", embrassant les valeurs conservatrices où les femmes sont avant tout des mères et des fées du logis soumises à leurs maris, et qui ne perçoivent aucun revenu. Mais aujourd’hui, de plus en plus d’ex-tradwives témoignent sur les réseaux des violences économiques ou psychologiques qu’elles ont subies, et expliquent comment elles se sont retrouvées du jour au lendemain isolées, sans diplômes ni expérience professionnelle, en grande précarité.
(…) Ces influenceuses riches et ultra-célèbres ont donc peu de risques de basculer dans la précarité du jour au lendemain, là où des jeunes femmes ordinaires vivent, loin des réseaux, des violences économiques dans des situations d’emprises. Si Nara Smith et les autres ont pu jouer habilement sur une esthétique vintage qui a fonctionné jusqu’à ce qu’elle ne fonctionne plus (encaissant un important capital au passage), ce n’est pas le cas d’une génération entière de jeunes femmes, certaines victimes de ces modes de vie traditionnels et patriarcaux.
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