Stéphanie Kalfon
Les parapluies d’Erik Satie
Editions Gallimard – 2017
L’autrice joue sur les mots, les lie et les enchaîne. « A brut, abrupt », (p 98), « Lenteur, lente heure », (p 178).
Sa famille :
Son père était courtier maritime et fan de music-hall. Sa mère, Jane Leslie, est morte peu après avoir mis au monde une petite sœur, à Honfleur. Il avait six ans. (p 68). Sa mère était d’origine écossaise. (1) Le K d’Erik provient de ViKing. (p 37). (2) Stéphanie Kalfon associe le mot « Esoterik » à sa personnalité. (p 176). (3) Il est dépressif et mélancolique: « Qu’est-ce que je fais sur Terre ? » Il a le spleen.
Son père s’est remarié. (p 43). Sa grand-mère meurt six ans plus tard, en face du Havre, à Honfleur. Il a douze ans. (p 72). Le dimanche, adulte, il rend visite à son père et à son frère Conrad. (p 147). Conrad et lui ne se verront plus pendant ses dix dernières années de sa vie. (p 187).
Sa santé :
Il était myope. (p 86). Il souffre d’acouphènes, de bourdons dans l’oreille et se fait saigner les oreilles en les tripotant. (p 103).
C’est un homme vexé et blessé. (p 121).
Il écrit à son frère qu’il a faim et qu’il s’ennuie. (p 126).
Il admet qu’il est misanthrope, hypocondriaque et mélancolique. (p 131). (4)
Il ne se lave plus et ne lave plus son linge. « Vive le linge sale ! A bas la propreté ! » (p 138). (5)
Ses logements :
Au 6 rue Cortot, à Paris, il dort le jour et sort la nuit. (6) Il termine sa nuit au Chat Noir. « Je vais m’asseoir au coin de mon froid ». (p 80).
Il est insomniaque et marche pendant la nuit entre Arcueil et Paris, soit 10 km à l’aller et 10 km au retour. (p 53). (7)
Sa misère lui permet d’être libre. Il la cache à tous. Il parle d’autre chose. (p 161, 184). Son frère Conrad l’aide financièrement. (p 167).
Son caractère :
Il était le Maestro des colères. Il explose quand il n’en peut plus et ne peut plus se réfugier dans sa propre intimité. (p 85). Willy l’attaque violemment. (8) Il devient paranoïaque. (p 158).
Il est empli d’amertume, de tristesse, de chagrin, de rancœur. Il ne fait confiance qu’à sa musique. Il est malheureux que les autres le voient comme un « fou ». (p 183).
Sa musique :
Il démarre mal sa carrière musicale en se faisant renvoyer du Conservatoire. Il devra prouver toute sa vie qu’il vaut quelque chose. On a fait de lui un être « minuscule et un raté. » (p 119)
Les rythmes roumains, les czardas sont à l’origine des Gymnopédies. (p 87).
Il écrit le premier ragtime européen « The mysterious Rag » pour le ballet « Parade ». (p 88).
Il ne crée rien pendant dix ans. (p 130).
Il écrit « Trois morceaux en forme de poire » quand il a faim. (p 141).
Les cafés :
Après avoir surmonté sa timidité, il pratique l’humour dans les cafés « Clou, Pousset, Vachette, Billards en bois, etc ». (p 82). (9)
Il passe les 27 dernières années de sa vie à boire tous les soirs et toutes les nuits dans les bars et les cafés. (p 177).
Sa fin de vie :
Il meurt d’une cirrhose du foie. (p 185).
Il est mort à Arcueil, rue Cauchy. (10) Dans son capharnaüm, on a retrouvé deux pianos et 14 parapluies. (p 26). Il devait se sentir protégé avec ses parapluies. (p 178). (11)
Il est enterré à Arcueil. (p 186).
Emile Zola se serait-il suicidé ? (p 141). (12)
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- Wikipedia indique que Erik Satie est le fils de Jane Leslie Anton, d’origine écossaise, et de Jules Alfred Satie (fr.wikipedia.org)
- Né sous le nom de Éric Alfred Leslie Satie, Erik Satie est le fils de Jane Leslie Anton, d'origine écossaise, et de Jules Alfred Satie, courtier maritime normand, élevé dans la religion anglicane. Il passe sa jeunesse entre la Normandie et Paris]. En 1870, la famille Satie quitte Honfleur pour Paris où le père a été embauché comme traducteur. Après la mort de leur mère en 1872, Erik et son frère Conrad retournent à Honfleur chez leurs grands-parents paternels, avec qui ils deviennent pratiquants du catholicisme, tandis que leur sœur reste avec leur père à Paris. (Wikipedia).
(3) Le surnom « Esoterik » d’Erik Satie
Erik Satie (1866‑1925) a reçu le surnom « Esoterik Satie » dans le cabaret parisien Chat Noir.
Le humoriste Alphonse Allais, l’un de ses habitués, l’a surnommé ainsi lors d’une de ses performances, soulignant l’aspect mystérieux et « esotérique » de la musique de Satie.
Utilisation du surnom dans la discographie
Le nom a été repris dans plusieurs titres d’enregistrements :
Année | Titre | Artiste | Label | Catalogue |
2022 | Satie – Piano Music, Vol. 5 : ‘Ésoterik Satie’ | Noriko Ogawa | BIS | BIS‑2345 |
2024 | EsotErik Satie (mix/cover) | Jean Darbois | – | – |
Ces œuvres mettent en avant la période « mystique » de Satie, influencée par le médiéval et l’esoterisme, et utilisent le surnom comme titre évocateur.
Références dans la littérature
Dans le livre Three Piece Suite d’Ian Penman, le surnom est mentionné comme un sobriquet donné à Satie pendant sa collaboration avec Joséphin Peladan, figure du mouvement symboliste et esotérique4.
En résumé, « Esoterik Satie » est un surnom humoristique attribué à Erik Satie par Alphonse Allais dans le cabaret Chat Noir, et il est aujourd’hui utilisé dans des titres d’enregistrements et des références littéraires pour souligner l’aspect mystique et esotérique de la musique de Satie.
Références :
- Lino Guerreiro, « Esotérik – Lino Guerreiro », 2014.
- BIS eClassical, « Satie – Piano Music, Vol. 5 : ‘Ésoterik Satie’ », 2022.
- ArkivMusic, « Satie: Piano Music, Vol. 5 – “Esoterik Satie” », 2022.
- Transactions with Beauty, « On Esoterik Satie », 2023.
(4) Erik Satie reconnaît dans le texte « Mémoires d'un amnésique » qu’il se considère misanthrope, hypocondriaque et mélancolique :
« C'est ainsi que je pris goût pour la misanthropie ; que je cultivai l'hypocondrie ; et que je fus le plus mélancolique (de plomb) des humains. » (classicalmusicguide.com)
- ) Il était souvent sans ressources et écrivait alors à son frère Conrad pour qu’il le dépanne : « Mon linge de corps pue (…) Vive le linge sale, à bas la propreté ! ». Cet homme qui vivait dans un minuscule appartement de banlieue sans confort était néanmoins coquet et ne sortait pas sans son chapeau melon. (Journal Zebuline).
(6) Erik Satie à 6 rue Cortot, Paris
Erik Satie a résidé dans un placard de 3 m × 3 m au 6 rue Cortot (18ᵉ arrondissement) de 1896 à 1898.
Dans cette chambre exiguë, sans chauffage, il devait dormir le jour et composer la nuit : « « Monsieur le pauvre » le jour, « gymnopédiste » la nuit » (18dumois.info)
Conditions de vie
- Taille : 3 m × 3 m, si petite que son lit bloquait la porte.
- Confort : il dormait habillé, avec des vêtements empilés pour se donner un semblant de chaleur.
- Activité : il y composait certaines de ses Pièces froides et partagea la chambre avec la peintre Suzanne Valadon.
Héritage
- Le lieu a été transformé en Musée‑Placard d’Erik Satie (le plus petit musée du monde) jusqu’à sa fermeture en 2008 (fr.wikipedia.org)
Ainsi, à 6 rue Cortot, Erik Satie a vécu dans une chambre minuscule où il dormait le jour et travaillait la nuit, illustrant son mode de vie bohème et son engagement musical. (Qwant).
(7) Erik Satie, le marcheur nocturne entre Paris et Arcueil
Erik Satie est parfois décrit comme un marcheur nocturne qui se déplaçait entre le nord de Paris et sa banlieue sud, Arcueil. Cette image vient d’un article qui souligne son habitude de parcourir ces deux lieux la nuit : « le marcheur nocturne, du nord de Paris à sa banlieue sud » (balises.bpi.fr)
(8) Henry Gauthier-Villars, dit Willy (1859-1931), journaliste, critique musical et romancier, époux de Colette, était hostile à Satie, qui le lui rendait bien. Willy réussit même en 1913 à publier dans un numéro de La Revue musicale, une parodie des Dix Commandements « dirigée, en fait, contre “Dieubussy” et signée “Erit Satis”, en espérant ainsi brouiller Satie avec son meilleur ami ». L’inimitié qu’entretenaient Willy et Satie durera vingt-deux ans. (Cairn).
(9)
Billards en bois (Montmartre) | Anciennement appelé Aux Billards en Bois, ce lieu est devenu La Bonne Franquette en 1925, sous l’influence de Francisque Poulot. Situé sur la rue Saint‑Rustique, il a accueilli de nombreux artistes du 19ᵉ siècle (Pissarro, Degas, Renoir, Van Gogh, Toulouse‑Lautrec, etc.) et est aujourd’hui réputé pour son ambiance conviviale, sa cuisine française et sa devise « Aimer, Manger, Boire et Chanter » . | labonnefranquette.com |
Café | Localisation connue | Source |
Café Pousset | Boulevard Montmartre, 75018 Paris | cartorum.fr |
Café Pousset
Le Café Pousset est situé sur le Boulevard Montmartre à Paris, dans le 18ᵉ arrondissement. C’est l’un des cafés historiques de la zone, comme indiqué dans la carte postale ancienne référencée (cartorum.fr)
C’est dans les cafés, l’Auberge du Clou, où Debussy lui succédera, et le deuxième Chat Noir, qu’il élabore ces petites musiques qui ont fait le tour du monde, les Gymnopédies et les Gnossiennes, musiques laconiques, longuement ruminées, qui distillent nonchalamment la nostalgie cicatrisée d’un monde disparu et une sensualité légèrement anorexique, anti-wagnérienne. « Il recherchait les sons anciens, la pensée les avait tués », dira le compositeur américain John Cage… Ces oeuvres n’en possèdent pas moins une volonté de pouvoir sur les âmes, en imprimant plus qu’en exprimant des images sonores à prétention curative. (France archives gouv)
Café Vachette
- Adresse historique : à l’angle du Boulevard Poissonnière et de la rue du Faubourg Montmartre.
- Ambiance : réputé pour son cuisine excellente et ses soirs tardifs où la clientèle comprenait littérateurs et « Bousingots ».
- Références littéraires : Gérard de Nerval évoque un verre d’absinthe au café Vachette avant de dîner chez Désiré et Baurain, soulignant son rôle de lieu de rencontre pour les artistes du XIXᵉ siècle. (Qwant)
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