Jeunesse communiste.
On n’investit pas pour la vie et la santé des femmes.
1 milliard minimum contre les violences.
Pour la formation.
Les associations aident les femmes, et pas l’Etat.
Les violences sont le produit d’une société patriarcale.
Pour des serviettes hygiéniques gratuites dans les établissements scolaires.
FCPE
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Le
23 février 2021 :
Barbara Romagnan, née le 25 avril 1974 à Annecy, est une enseignante et femme politique
française membre du Parti socialiste de 1995 à 2017. Ancienne députée de la première
circonscription du Doubs entre 2012 et 2017, elle fut entre autres conseillère
générale du canton de Besançon-Planoise entre 2008 et 2012 et secrétaire
nationale du Parti socialiste à la « Rénovation du parti » de 2005 à 2008.
Elle écrit une chronique qui parle de « ce que
vivent ceux et celles dont on n’entend pas parler »dans « L’Humanité »
depuis 2019.
Elle
revient sur la notion d’intersectionnalité.
Pour
elle, le terme désigne « la situation de personnes subissant en même temps
plusieurs formes de domination dans une société. »
(…) Une juriste noire américaine, Kimberlé
Crenshaw, a en 1991, inventé ce concept d’intersectionnalité. « Lorsqu’on
parle des personnes noires, l’attention est portée sur les hommes noirs ;
et lorsqu’on parle des femmes, l’attention est portée sur les femmes blanches. »
Tout
invisibilise les femmes noires.
Elle
pense que prendre en compte des dominations ignorées autrefois « permet au
contraire de les affiner et de penser l’organisation de la société dans sa complexité ».
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Emmanuel Macron refuse l'intersectionnalité. Il rejette des idées de domination qui le mettent mal à l'aise.
NousToutes a changé de point de vue sur l'intersectionnalité depuis la fin 2020 (voir plus haut).
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Pour
un féminisme intersectionnel et universaliste
Depuis
quelques années, un nouveau clivage s’est formé au sein du mouvement féministe,
entre deux courants maintenant dénommés « féminisme universaliste » et «
féminisme intersectionnel ».
De
nombreux médias se sont emparés de cette opposition et ont largement participé
à la figer en mettant en scène deux camps irréductibles, en organisant des
confrontations avec des représentantes « ad hoc » de chacun d’eux, plus
préoccupés de faire de l’audience que de vraiment clarifier les divergences.
Cette
division affaiblit de manière considérable la capacité des féministes de lutter
contre les régressions sociales, économiques et sociétales en cours, lutte qui
fait pourtant partie de nos urgences.
Ce
texte se donne pour ambition de montrer que le clivage entre universalistes et
intersectionnelles est en grande partie artificiel et non pertinent. Du moins
si l’on se met d’accord sur le sens des concepts, alors qu’ils sont utilisés
aujourd’hui de manière extensive, confuse ou dévoyée.
D’un
côté, l’universalisme doit être entendu comme un idéal, un objectif à
atteindre, et non comme un universalisme abstrait qui occulte le racisme ou les
discriminations pourtant bien réelles.
De
l’autre côté, l’intersectionnalité est un outil d’analyse indispensable pour la
prise en compte des différents rapports de domination (classe, genre, « race
»), mais elle ne doit pas mener à hiérarchiser ces dominations ou à cultiver
des logiques d’affrontements identitaires.
L’objectif
de ce texte est donc d’aider à éviter les faux antagonismes qui créent
artificiellement des oppositions entre différentes féministes, parfois entre
les plus récentes et les plus anciennes. Toutes doivent pouvoir se retrouver
sur la volonté de faire converger les luttes : les luttes anti-racistes, luttes
de classes, luttes contre l’oppression de genre, l’homophobie, etc., sans en
reléguer au second plan.
Après
avoir évoqué le contexte de l’émergence du concept d’intersectionnalité aux
États-Unis (1), nous rappellerons que dans le contexte français très différent,
le mouvement féministe des années 1970 s’est préoccupé de l’oppression combinée
du patriarcat, du capitalisme et de l’impérialisme, pratiquant de fait une
approche intersectionnelle sans qu’elle soit nommée ainsi (2).
La troisième partie permettra de prendre des
distances avec certaines interprétations, distorsions ou dévoiements de
l’intersectionnalité (3).
La conclusion résumera le sens de notre
féminisme intersectionnel et universaliste.
1-
D’où vient le concept
d’intersectionnalité :
L’influence
du Black feminism américain.
Le
concept d’intersectionnalité a été formulé aux États-Unis dans les années 1980
par la juriste africaine-américaine Kimberle Crenshaw. Sa réflexion se situait
dans le contexte d’un droit et d’une jurisprudence de l’anti-discrimination,
apparus dès les années 1960 et elle s’est aussi inspirée des travaux du Black
feminism des années 1970.
Rappelons
que le système de ségrégation raciale n’a été aboli dans le Sud qu’au milieu des
années 1960 (Civil Rights Act, 1965) suite à des mobilisations de masse
pour les droits civiques, auxquelles les femmes africaines-américaines ont
largement participé.
Cela
a permis d’obtenir une série de mesures pour endiguer les différentes formes de
discrimination raciale – mais aussi de genre – toujours à l’œuvre. C’est ainsi
que fut notamment votée à la fin des années 1960 une série de lois instituant
des politiques d’action positive (affirmative action). Il s’agissait
essentiellement d’instaurer des quotas permettant aux personnes africaines, américaines,
hispaniques, asiatiques… d’être embauchées dans toutes les entreprises et
administrations, et d’éliminer, autant que possible, les discriminations en
matière de déroulement de carrière. Des quotas se sont appliqués également pour
le recrutement de femmes à l’université. L’ensemble de ces mesures a permis
l’ouverture aux femmes de métiers traditionnellement masculins, dans la justice
et la santé mais aussi dans les métiers ouvriers (usines, chantiers, mines…).
Kimberle
Crenshaw, en analysant la jurisprudence, a ensuite montré comment les juges
cherchaient à évaluer séparément les effets de la discrimination dont étaient
victimes les femmes Noires en fonction soit de la race, soit du genre. Alors
que ces femmes se situaient à l’intersection de deux discriminations
potentielles, l’évaluation séparée avait pour conséquence de les exclure en
partie du bénéfice des instruments juridiques créés pour lutter contre ces
discriminations.
C’est
ce qui l’a conduite à forger le concept d’intersectionnalité reposant sur une
analyse des effets croisés et simultanés du genre, de la classe et de
l’assignation raciale. À noter que bien antérieurement, entre les deux guerres,
la militante africaine-américaine Claudia Jones évoquait déjà la « triple
oppression » à propos de la position spécifique des travailleuses noires
américaines marginalisées tant dans les combats féministes qu’antiracistes. Le
concept d’intersectionnalité a largement bénéficié des travaux des Black feminists.
Dans
les années 1970, le mouvement féministe aux États-Unis, qui avait connu une
renaissance du fait des mobilisations de masse en faveur de l’avortement, était
majoritairement composé de femmes blanches de la classe moyenne. Les féministes
noires ont remis en cause la représentation du féminisme dominant qui
considérait les femmes comme une classe homogène et accordait la prééminence à
la lutte contre le patriarcat en négligeant le vécu des femmes noires.
Cette
analyse était également formulée par Adrienne Rich, théoricienne féministe
(blanche) qui a reproché au mouvement féministe américain dominant de prétendre
représenter une ?
La
majuscule à « Noires » était revendiquée par les Black feminists.
«
Représenter l’intersection » Les théories de l’intersectionnalité à l’épreuve
des sciences sociales.
Leur
critique rejoint celle formulée par le courant féministe luttes de classe en
France concernant le concept d’« ennemi principal » défendu par Christine
Delphy.
Selon
Jaunait et Chauvin (op. cit.), après les combats pour les droits civiques, la
question de la race est devenue « le signifiant clef des mobilisations sociales
».
Adrienne Rich, « Disloyal to
Civilization. Feminism, Racism, Gynephobia » citée par Jaunait et
Chauvin.
Revue
de Science Politique 2012/1/vol 62 pp. -20.
Marouz
Sarah, « Race », Éditions Anomosa, 2020. bell hooks (sans majuscule, à sa
demande),
«
Sororité : la solidarité politique entre toutes les femmes » dans E. Dorlin
(dir.),
Black
feminism, anthologie du féminisme afro-américain, 1975-2000 L’Harmatan 2008.
Pour
les Black feminists, plus qu’une analyse théorique sur l’articulation des
différents rapports de domination, il s’est d’abord agi de s’inscrire dans
le débat politique sur les stratégies de libération.
Et
là, le clivage est apparu par rapport au Black Power Movement qui donnait la
primauté à la question de la race et refusait de se battre concomitamment
contre l’oppression des femmes noires – leurs revendications étant considérées
comme affaiblissant la lutte collective – ou, la reportait aux calendes
grecques.
Diverses
organisations de femmes noires se sont alors créées. Citons simplement le
Combahee River Collective dont les membres se revendiquaient ouvertement
homosexuelles et luttaient pour la prise en compte de toutes les
discriminations. Comme le souligne Jules Falquet, ces femmes ont élaboré leur
réflexion à partir de leur pratique de lutte collective et elles ont mis en
bonne place la dimension de classe et celle du lesbianisme. Elles ont proposé
le concept de système d’oppressions, avant l’apparition du terme
d’intersectionnalité.
2- Le contexte français
En
France, le chemin fut tout autre. Pour bien le comprendre, il n’est pas inutile
de faire un petit retour historique sur les contextes dans lesquels ont émergé,
en France, la vague féministe des années 1970 et la nouvelle vague féministe
aujourd’hui. Une partie de la jeunesse, notamment estudiantine, qui a participé
au mouvement de Mai 1968 s’était politisée dans les années précédentes dans le
cadre de la lutte contre la guerre d’Algérie, puis contre la guerre au Vietnam
menée par l’impérialisme américain à la suite de la défaite du colonialisme
français en Indochine. Au lendemain de Mai 1968, les femmes qui avaient été
partie prenante de ce grand mouvement social ont décidé de bousculer la vie
politique par des revendications contre l’oppression patriarcale, qui étaient
systématiquement étouffées par leurs compagnons de lutte au nom d’autres
priorités (celles de la lutte des classes) et par les gouvernements de droite
partisans de la restauration de « l‘ordre » sous toutes ses formes. Il était
question pour ces féministes non pas de nier la lutte de classes mais de
l’enrichir ou de l’éclairer à la lumière du mouvement féministe qui défendait
le droit des femmes à disposer de leur corps, à résister aux violences sexistes
aussi bien dans la rue, au sein de la famille ou au travail et à
s’auto-organiser contre leur oppression. Cette volonté de changer le monde et
leur vie conduisit plusieurs centaines de milliers de femmes à participer
massivement aux manifestations pour le droit à l’avortement et à la
contraception libres et gratuits. Ces revendications ne restèrent pas confinées
dans un petit cercle de femmes intellectuelles. Elles donnèrent lieu à des
débats passionnés dans de nombreux secteurs de la société, grâce notamment à
l’action des féministes.
Falquet
Jules, « Imbrication – Femmes, race et classe dans les mouvements sociaux »,
Éditions du Croquant, 2019.
Parallèlement
à ces mobilisations, un travail d’élaboration théorique s’est approfondi aussi
bien dans le milieu militant que dans celui de la recherche pour réfléchir sur
la pertinence des concepts marxistes pour analyser l’oppression combinée du
patriarcat et du capitalisme. En France, le marxisme était effectivement une
référence majeure pour une grande partie des mouvements militants et parmi les
intellectuel·les de gauche. C’était le reflet de la continuité de la force des
luttes de classes depuis près de deux siècles dans le pays et de la force du
Parti communiste depuis la Seconde Guerre mondiale en particulier.
Néanmoins
le marxisme de l’après Mai 1968 nécessitait un sacré dépoussiérage après les
années de dogmatisme stalinien porté par le Parti communiste de l’époque et
dont n’étaient pas exemptes différentes composantes de l’extrême gauche.
Parmi
tous les concepts inspirés par le féminisme, il y a celui de travail domestique
théorisé par Christine Delphy.
Dans
les années 1980, d’autres concepts vont émerger comme celui de « division
sociale et sexuelle du travail », de « rapports sociaux de sexe » ou de «
consubstantialité ». Ces trois derniers concepts, repris ou élaborés par la
sociologue Danièle Kergoat en particulier, avaient en commun d’analyser la
place respective des femmes et des hommes dans les différentes sphères de la
société en fonction non pas d’une nature biologique mais des assignations
sociales (aux femmes les soins et la reproduction de la force de travail, aux
hommes la production et les activités sources de prestige) et des rapports
hiérarchiques dans lesquels sont inséré·es femmes et hommes ; d’appréhender les
rapports sociaux comme des rapports de domination (au sens large du terme) qui
mettent en opposition des groupes sociaux antagonistes autour d’enjeux , en
particulier celui du travail (dans toutes ses dimensions), susceptibles de se
transformer historiquement sous l’effet des résistances collectives des groupes
assujettis, de leurs révoltes.
Il
s’agissait enfin d’articuler ces différents rapports sociaux pour comprendre la
société. Ainsi, pour Danièle Kergoat : « Les rapports sociaux sont multiples et
aucun d’entre eux ne détermine la totalité du champ qu’il structure. C’est ensemble
qu’ils tissent la trame de la société et impulsent sa dynamique : ils sont
consubstantiels. »
D.
Kergoat et d’autres sociologues ont montré les conséquences de la lutte
féministe inaboutie contre le partage inégal des tâches domestiques entre
femmes et hommes et celles de la mondialisation capitaliste.
Ainsi,
loin de répondre à la demande d’une large partie des féministes d’un réel
partage des tâches domestiques et de services publics de qualité pour
accueillir les très jeunes enfants et prendre soin des personnes dépendantes, les
gouvernements occidentaux, appliquant en majorité des politiques de réduction
des investissements dans les équipements et les services publics, ont surtout
facilité le développement de services privés d’aide à domicile.
Ceux-ci
soulagent la vie des femmes – cadres essentiellement – susceptibles d’assumer
le coût représenté par l’emploi, sous différents statuts, de femmes, souvent
d’origine étrangère. C’est ainsi qu’une nouvelle domesticité a émergé, ainsi
que de nouvelles différenciations sociales entre femmes, non seulement au
sommet de la hiérarchie sociale mais dans des couches sociales plus larges, en
fonction de leurs origines et de leur niveau de diplômes.
Trat
Josette (2007) :
«
L’histoire oubliée du courant “ féministe luttes de classes ”, Femmes, genre,
féminisme, pp. 9-32, Syllepse, en ligne sur le site Europe Solidaire Sans
Frontières (ESSF).
Delphy
Christine (1998) : « L’ennemi principal,
Économie
politique du patriarcat », Syllepse, 1998.
Kergoat
Danièle : - (2005), « Rapports sociaux et division du travail entre les sexes
», Femmes, genre et sociétés, l’état des savoirs, sous la direction de
Margareth Maruani, pp. 94-101, La Découverte. - (2009),
«
Dynamique et consubstantialité des rapports sociaux », dans Sexe, race et
classe, sous la direction d’Elsa Dorlin, p. 111-125, PUF. - (2021),
«
Penser la complexité : des catégories aux rapports sociaux », La Pensée N° 407,
J/A/S.
Illustration
donc de l’interaction entre les différents rapports sociaux.
Remarque
: le croisement genre/race/classe n’est pas une nouveauté. Comme le souligne
Danièle Kergoat, sans remonter jusqu’à Flora Tristan, bon nombre de travaux en
France n’ont pas attendu les études postcoloniales ou le Black feminism pour
insister sur « l’intrication » des dominations et sur les divisions dues aux
inégalités de classe, de sexe et d’appartenance ethnique. Aujourd’hui, la
formulation la plus diffusée tant au plan international qu’en France est celle
« d’intersectionnalité ».
L’intersectionnalité
: indispensable… moyennant quelques précisions
Aujourd’hui,
tout le monde à gauche, ou presque, se déclare « intersectionnel·le ».
Cela
signifie peut-être qu’il y a une vraie prise de conscience que les nouveaux
prolétaires de tous les pays sont pris dans des rapports sociaux de domination
dans lesquels interagissent à la fois les processus de la mondialisation
capitaliste, les rapports sociaux de genre, les processus de « racialisation »
et l’héritage du colonialisme…
C’est
plutôt encourageant pour toutes celles et tous ceux qui veulent changer ce
monde d’injustices et de violences. On peut donc s’en réjouir à condition
d’apporter quelques précisions importantes. •
Ne
pas raisonner en essentialisant les identités
Il
faut s’attacher, non pas à « cartographier » des identités figées mais à
analyser les contradictions sociales liées à l’évolution historique et à
l’interaction des principaux rapports sociaux et à leur configuration dans
telle ou telle société (Kergoat 2009).
À ce
titre, il est toujours problématique de désigner comme des catégories homogènes
les « blancs », les « noirs », les « juifs », les « femmes », les « hommes »,
etc. Comme si tous les blancs ou tous les noirs s’inscrivaient de la même
manière dans le système colonial ou postcolonial ; ou comme si toutes les
femmes vivaient l’oppression patriarcale de la même manière. •
Ne
pas réduire l’intersectionnalité au seul rapport de « race »
Il
n’est pas pertinent, en effet, d’analyser les injustices dont sont victimes,
par exemple, les jeunes des quartiers populaires à la lumière du seul rapport
de « race » ou du post colonialisme comme on le lit parfois.
C’est
appauvrir l’analyse et se vouer à une impasse politique. Une démission de la
gauche face aux idées racistes Si l’on remonte seulement aux débuts des années
1980 en France, il y a eu un tournant majeur dans l’orientation de la gauche de
gouvernement : dans son programme, François Mitterrand avait promis le droit de vote aux élections locales pour
les étrangers, promesse qui n’a jamais été respectée.
En
1983, il avait reçu en grandes pompes les jeunes qui avaient organisé la «
Marche pour l’égalité » et traversé la France de Marseille à Paris pour
dénoncer les violences et les crimes racistes. Cette mobilisation avait permis
l’obtention d’une carte de séjour de dix ans pour les immigré·es, mais très
vite la situation se dégrada – F. Mitterrand a même repris le vocable de «
seuil de tolérance » – et aux espoirs succédèrent les désillusions, notamment
du côté des quartiers populaires.
L’année
1983 marqua le tournant de la « rigueur » et de l’austérité adoptée pour
rassurer les marchés financiers ; en même temps, les ouvriers immigrés
grévistes dans le secteur de l’automobile à Talbot Poissy ont été désignés par
plusieurs ministres, dont Mauroy, comme les principaux responsables manipulés
par des groupes religieux intégristes. Ce qui ouvrit un boulevard à la droite,
à l’extrême droite et à une surenchère raciste et sécuritaire.
Les
attentats contre le World Trade Center aux États-Unis en 2001 ou ceux de 2015
en France ont ensuite favorisé les amalgames entre immigrés, musulmans et
terroristes. Le racisme a pris une forme de plus en plus décomplexée, et il a
aussi été utilisé pour faire diversion face aux revendications sociales.
On
comprend néanmoins pourquoi dans les quartiers populaires, certains jeunes qui
subissent le chômage, de multiples discriminations, le racisme ou les violences
policières sont conduits à chercher du côté du seul racisme et/ou de l’héritage
du colonialisme, l’explication à leur précarité sociale.
Cependant
de nombreux jeunes des deux sexes qui travaillent pour subvenir à leurs
besoins, par exemple dans la restauration rapide, les grandes surfaces ou comme
livreurs pour les plateformes savent bien qu’ils et elles sont victimes à la
fois du racisme, de la recherche continuelle de profits qui dégrade leurs
conditions de travail, et aussi du sexisme comme l’expérimentent les salariées
dans tous les secteurs de la société.
Dans
ces conditions, la stratégie la plus efficace pour faire reculer le patronat,
les racistes et les sexistes est celle de la convergence des luttes, même si
elle est très difficile à concrétiser, pour rompre l’isolement des uns, des
unes et des autres.
«
Féminisme blanc » ?
De
ce point de vue, les efforts répétés de certaines féministes pour dénigrer ce
qui est nommé le « féminisme blanc », pris encore une fois comme un tout
homogène, est parfaitement contre-productif. Depuis plusieurs années, se
développe en effet l’idée que le mouvement féministe en France, et plus
largement en Europe, serait dominé par des « féministes blanches »
intellectuelles de la classe moyenne.
Celles-ci
auraient sacrifié la lutte anti impérialiste et antiraciste au profit d’une
prétendue conception occidentale du féminisme fondée sur des privilèges obtenus
par « les femmes blanches » grâce à leur complicité avec le colonialisme et
l’impérialisme de l’Occident.
Tout
d’abord, il s’agit d’une contre-vérité quant à l’histoire même du mouvement
féministe en France.
Dès
les années 1970, sa composante « lutte de classes » a œuvré pour la convergence
des luttes avec celles des femmes des milieux populaires et avec les femmes.
Pour
une critique de cette thèse, voir Josette Trat, « Françoise Vergès, une
féministe problématique », Contretemps n°41, 2019. Immigrées.
Une
illustration en est, encore récemment, le soutien à la longue grève des femmes
de chambre immigrées de l’hôtel Ibis, ou encore la tenue d’assemblées générales
communes entre des féministes et des femmes gilets jaunes, ou la participation
de féministes aux cortèges des femmes Gilets Jaunes.
Ensuite,
répétons-le, les « femmes blanches », pas plus que « les blancs », ne peuvent
être considérés comme un groupe homogène que l’on pourrait rendre responsable
de maux divers. Comme toute essentialisation, cela n’a aucune pertinence. Au
sein de la population blanche, l’histoire fourmille d’exemples de persécutions
(pogroms contre les juifs) ou de discriminations (contre les Roumain·es ou les
Roms), etc.
De
même, les femmes, qu’elles soient blanches ou noires, vivent des situations
très différentes selon qu’elles appartiennent aux classes populaires ou à la
classe dominante.
Faut-il
alors se réclamer d’un féminisme décolonial ?
Oui, si cela signifie décentrer notre regard
féministe par rapport à l’Europe pour mieux prendre en compte les luttes des
femmes et des féministes dans le monde, contre l’esclavage, contre le
colonialisme ou le post-colonialisme. Oui encore, s’il s’agit de prendre en
compte l’héritage transmis par la colonisation dans nos sociétés : car la
colonisation, évidemment criminelle, a non seulement laissé de profondes traces
qui ont été bien décrites en leur temps par Franz Fanon et d’autres. Mais elle
a aussi contribué au maintien de pratiques racistes à différents niveaux dans
l’administration française, en particulier dans la police.
La
fin officielle du colonialisme n’a pas mis fin aux échanges inégaux entre
l’ancienne puissance coloniale et les anciens pays colonisés avec, le plus
souvent, la complicité de dirigeants corrompus dans les anciennes colonies.
Non,
s’il s’agit d’adopter une analyse dans laquelle le colonialisme surdétermine
l’ensemble des rapports sociaux. Sans compter que le terme de colonisation est
maintenant utilisé par l’extrême-droite pour désigner le processus
d’immigration en France, les anciens colonisés coloniseraient la France !
Non
encore, s’il s’agit au nom de la lutte contre le racisme décrétée prioritaire,
de nier ou de délaisser ce qui est à la base de la lutte des féministes dans le
monde : le droit des femmes à disposer librement de leur corps sans être dans
la dépendance et le contrôle des hommes dans la société et la famille.
Or,
pour certaines par exemple, il ne s’agit plus seulement d’affirmer sa
solidarité avec ses «frères » face aux discriminations et aux violences
policières, mais plutôt de faire purement et simplement acte d’allégeance, ce
qu’avaient précisément mis en cause les féministes africaines-américaines.
Comme
le font en France Françoise Vergès et Houria Bouteldja. C’est le cas d’Houria Bouteldja.
Elle
a écrit en 2016 : « Mon corps ne m’appartient pas. […] J’appartiens à ma
famille, à mon clan, à mon quartier, à ma race, à l’Algérie, à l’islam.
J’appartiens à mon histoire et si Dieu veut, j’appartiendrai à ma descendance »
in « Les Blancs, les Juifs et nous », pp. 71-72, La Fabrique.
Ce
qui est son droit le plus strict mais qui pose des questions sur le sens qu’elle
donne au mot féminisme•
Claudie
Lesselier (2007) : « Pour une histoire des mouvements de femmes de
l’immigration en France », Femmes, genre, féminisme, pp. 71-104, Syllepse.
Voir
notamment « Quand les femmes se heurtent à la mondialisation », Attac, Mille et
une nuits, 2003.
Ne
pas valider l’idée de « privilège blanc »
La
notion de « privilège blanc » est venue se greffer sur cette catégorisation
indue. Elle est non seulement infondée, mais dangereuse. Infondée, car quels
seraient les privilèges, au sein de la population blanche, des ouvriers et
ouvrières, des personnes sans emploi, des précaires par rapport aux personnes «
de couleur » des classes dominantes des pays d’Afrique, d’Asie, d’Amérique,
etc. ? Adopter l’idée d’un privilège blanc revient à réduire l’ensemble des
rapports sociaux à la prééminence de la couleur de peau… à l’opposé donc de
l’analyse intersectionnelle !
Certes,
en tant que «blancs», les hommes et les femmes ne sont pas confronté·es aux
multiples discriminations auxquelles les descendant·es d’immigré·es et
immigré·es ont à faire face : parcours scolaires, emplois, chômage, logements,
ségrégation urbaine, ni bien sûr aux violences, voire aux crimes racistes ;
beaucoup sont néanmoins confronté·es à d’autres discriminations et inégalités.
Mais surtout, il est à la fois aberrant et politiquement dangereux de
transformer une absence de discrimination en privilège : cela revient à
escamoter la réalité des discriminations et à inverser le problème en désignant
des prétendus privilégiés, donc, de manière implicite, des coupables.
Or
ce n’est pas parce qu’on n’est pas discriminé qu’on est privilégié ! Il ne faut
surtout pas abaisser la norme : pouvoir vivre sans subir de discriminations,
avoir un emploi, un logement, etc. relèvent des droits – qui restent certes à
réaliser et pour lesquels on lutte –, mais non de privilèges ! Il serait
mortifère d’en venir à considérer, par exemple, les personnes qui ont un emploi
comme privilégiées par rapport à celles qui n’en ont pas. Cette notion dévoyée
de privilège relève en outre d’une vision individualiste psychologisante et
culpabilisante fondée essentiellement sur des comportements individuels. Elle a
pour effet de suggérer une confrontation entre individu·es. Au contraire,
raisonner en termes de lutte contre les inégalités débouche sur une réponse collective,
dans un cadre unitaire (associations féministes, antiracistes, de jeunes,
syndicats…) visant à la transformation des rapports sociaux.
Ceci
n’est d’ailleurs pas contradictoire avec des pratiques de réunions non mixtes
: celles-ci répondent ponctuellement au besoin de certaines personnes vivant
une même situation de discrimination, de racisme ou sexisme, de partager plus
facilement leur expérience. Ces réunions constituent un palier utile dans la
mobilisation.
3-
Féministes intersectionnelles et universalistes
Nous
sommes des féministes, intersectionnelles – avec les nuances apportées
précédemment – et universalistes.
L’universalisme
dont nous nous revendiquons doit, lui aussi, être clarifié. Ce n’est pas la
conception abstraite de la citoyenneté qui affirme l’unité du genre humain et
l’égalité, en restant aveugle aux discriminations diverses pourtant bien
réelles. L’universalisme ne doit pas non plus être identifié aux discours de
personnes médiatisées qui s’en réclament et qui tiennent souvent en son nom des
discours réactionnaires opposant le monde occidental idéalisé et le reste du
monde.
Ces
propagandistes passent, le plus souvent, par pertes et profits les ravages de
l’esclavage, du colonialisme et de l’impérialisme mais également les injustices
et les violences liées à l’exploitation
capitaliste, au racisme et aux différentes formes de domination liées à la
question du genre. Or ces injustices et ces violences ne sont pas propres à
telle ou telle société mais concernent malheureusement l’ensemble de la
planète.
Les
féministes, et plus largement les femmes, sont bien placées pour se méfier
d’une certaine proclamation d’universel complètement en décalage avec la
réalité ; rappelons-nous l’expérience du suffrage (dit) universel de 1848 dont
elles furent exclues jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
Notre
universalisme concerne un idéal à atteindre, qui part des conditions de vécu
des discriminations et qui s’appuie sur les luttes concrètes et les inégalités
vécues au jour le jour pour proposer des politiques alternatives et changer les
rapports sociaux. Il affirme le principe politique de droits universels – à
l’égalité, à l’éducation, la santé, la liberté, la paix, etc. – qui sont à
concrétiser pour tous les êtres humains.
L’antagonisme
entre intersectionnalité et universalisme, trop souvent considéré comme une
évidence, produit et entretient une division très néfaste en particulier au
sein des féministes. Pourtant il s’efface, ou plus exactement il laisse la
place à une large plage de consensus pour des luttes communes, pour peu qu’on
s’attache à en clarifier les termes. Il ne s’agit nullement de distribuer des
labels pour l’un ou l’autre de ces concepts, nous avons simplement souhaité
présenter notre conception, pour éviter les fausses oppositions.
Les
féministes doivent pouvoir se rassembler sur des objectifs et des luttes
communes : prendre la défense des femmes chaque fois qu’elles sont attaquées en
tant que femmes, être aux côtés des personnes « racisées » chaque fois qu’elles
subissent des discriminations et aux côtés des salarié·es qui se heurtent à
l’exploitation et à la précarité de leurs conditions, dénoncer les discours
racistes, nationalistes et complotistes alimentés tout particulièrement par
l’extrême droite ainsi que ceux des fondamentalistes religieux qui légitiment
la subordination des femmes à tous les niveaux.
C’est
seulement par notre capacité d’affronter toutes les dominations simultanément,
sans les hiérarchiser, que nous pourrons stopper les régressions sociales, économiques
et sociétales en cours et construire une société plus juste.
Catherine
Bloch London, Christiane Marty, Christine Mead, Josette Trat, Marielle Topelet,
membres de la Commission Genre d’Attac - septembre 2021.
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Marches pour l'égalité
Paris
12 décembre 2021
Baromètre. Plus de 80 % des Français ne tolèrent pas les
discriminations.
La
lutte pour l’égalité, quelle que soit l’origine ou la religion, était au cœur
des universités européennes de la Fédération des Maisons des potes, qui publie
ce mardi son baromètre sur la lutte contre les discriminations.
barometre-plus-de-80-des-francais-ne-tolerent-pas-les-discriminations
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Danièle
Kergoat
CNRS
Le
genre dans le monde
24
mars à 18h30
Universalisme,
féminisme et consubstantialité.
Danièle Kergoat
est directrice de recherche émérite au CNRS, membre de
l’équipe Genre, travail et mobilité du CRESPPA. Elle est
reconnue pour ses travaux sur le féminisme intersectionnel et
l’universalisme dans le cadre de la recherche sur le genre.
L’événement « Le genre dans le monde ».
Le
24 mars, à 18h30, la série « Le genre dans le monde »
a présenté un exposé intitulé « Universalisme, féminisme et
consubstantialité ». L’intervenante était Danièle Kergoat.
Dans
son intervention, Kergoat a rappelé que le clivage entre féminisme
intersectionnel et féminisme universel est « en grande partie artificiel » et
qu’il faut éviter les antagonismes qui fragilisent les luttes communes (france.attac.org)
.Elle
a souligné que l’universalisme doit être compris comme un idéal à atteindre,
non comme une abstraction qui masque les discriminations, et que
l’intersectionnalité reste un outil d’analyse indispensable pour prendre en
compte les rapports de domination multiples (france.attac.org)
Sources
·
Danièle Kergoat est
directrice de recherche émérite au CNRS, équipe Genre, travail et mobilité du
CRESPPA (institutemilieduchatelet.org)
·
Son intervention sur
l’universalisme et l’intersectionnalité est détaillée dans les articles de Attac
et du Cahiers du Socialisme (france.attac.org)
03 26
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Liste de qualificatifs du projet de réforme des retraites et de ceux-celles qui la portent:
A la hussarde
Amateurs/trices
Anticommuniste
Anticonstitutionnel
Arnaque
Arrogance
Autoritarisme
Banques
Bidouillage
BlackRock
Bricolage
Brutalité
Brutes
Capitalisation
Colin-maillardConfusions
Culotté-e-s
Cupidité
Dictature constitutionnelle
Diktat
Drame social
Egoïste
Enfumeur/euse
Entêtement
Entourloupe
Esbrouffe
Escroquerie
Hypocrite
Impopulaire
Incertitude
Incompétent-e-s
Indignes
Inégalitaire
Infamie
Inhumain
Iniquité
Insincérité
Insomnie
Interchangeables
Intérêts privés
Intransigeant-e-s
Jeu de massacre
Jusqu'au-boutistes
Flou
Forcer
Forcené-e-s
Lâcheté
Majorité isolée
Mauvaise foi
Méfiance
Mensonge
Mépris
Monstruosité
Non chiffrée
Opportunité
Paupérisation
Privatisation
Racket
Raides dans leurs bottes
Régression
Représentant-e de commerce
Riches
Sans simulateur
Surdité
Thatcherisation
Technocrates
Totalitaire
Vaseux
Vol
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