mardi 24 février 2026

Céline Raphaël - La démesure. Soumise à la violence d’un père.

 

Céline Raphaël

La démesure.

Soumise à la violence d’un père.

Editions Max Milo

2012

 

Céline a survécu et a pu écrire un récit bouleversant. Merci Céline pour votre courage.

Elle subira l’extrême sévérité de son père. Il croyait que c’était une méthode d’apprentissage. C’est contre-productif. (p 21). Elle pense que son père ne l’aime plus et est capable de la tuer. C’est le début de la peur et de l’angoisse de mort.  (p 25).

Son texte est universel. Il concerne toutes les victimes, enfants ou adultes, de tous sexes. Son père a confondu autorité et autoritarisme.

D. Rousseau parle d’elle comme d’une « enfant esclave pour l’excellence ». (p 222).

Un-e enfant maltraité-e connaît des problèmes psychiques, une désillusion parentale, de l’absence d’espérance dans la solidarité humaine (p 235).

 

Elle est née en 1982 ou 83 ? (1)

 

La petite enfance :

A 2 ans, elle est curieuse de tout. Elle se demande si c’est de sa faute tout ce qui lui est arrivé. A-t-elle été trop pénible pour ses parents ? Elle culpabilise. (p 13)

Après l‘arrivée de sa petite sœur qui l’a chamboulée, elle pense qu’elle en a trop demandé à sa mère, qui fatiguée, la confie à son père. Il lui fait prendre ses premiers cours de piano à ses 3 ans. Un professeur a accepté cette tâche. (p 16).

 

L’apprentissage du piano.

En France, elle joue entre 3 et 4 heures de piano par jour. A l’âge de 4 ans et demi, en Allemagne, elle subit des punitions perverses de son père. Il a choisi une professeure qui pense comme lui sur les punitions comme la seule manière d’éducation. (p 21).

A 7 ans, la famille retourne en Auvergne. Un nouveau professeur de piano est engagé. Détestant le piano, elle a appris à rêver pendant qu’elle joue comme une automate. (p 39). Elle lisait tout en travaillant son piano (p 53).

A8 ans, elle gagne un prix national. Les autres participant-es ont seize ans ! (p 51). Son problème est qu’elle a été excellente. (p 53). Le père se cache pour écouter si elle joue toujours au piano quand il est « absent » et quitte la maison. (p 56).

Elle met un CD de musique à fond et s’autorise à jouer à la corde à sauter. (p 59).

Adulte, le seul morceau qui l’émeut est la « Première balade » de Chopin. (p 95).

https://youtu.be/BSFNl4roGlI?si=b7v5xGNhEvRcknC5

 

Chopin - Ballade No.1 in G minor, Op.23 (Krystian Zimerman).

En seconde, elle s’entraîne plus de 45 heures par semaine. (p 109).

 

Le silence de Céline.

Elle se tait car elle a peur des représailles et pense qu’elle ne sera pas crue. (p 30).

Elle reste seule avec son secret. (p 55).

Aucun adulte ne l’aide. Elle se tourne vers la magie et les prières. (p 60).

Elle se tait. Elle a peur que l’on se moque d’elle : « Avec sa bonne situation sociale, de quoi se plaint-elle ? » (p 66). Pas de visite médiale à l’école.

 

Ses parents.

Son père :

Elle décrit son père comme un sauvage. (p 27). Son père domine et laisse un rôle de faible à sa femme. Elle n’a pas voix au chapitre. (p 30). Des années plus tard, il sera dans le déni de sa violence, en répétant « Je suis sévère, mais juste ! » (p 30).

Sa mère :

Sa mère étouffe à la maison. (p 28). Quand elle essaie de s’interposer entre Céline et son père, il la repousse brutalement et son mari s’enferme avec sa fille dans la « salle de jeu ». (p 49). Quand le père est absent, sa mère lui permet de jouer avec un ami de son âge et lui autorise ainsi un retour vers son âme d’enfant. (p 58).

Quand elle est enfermée, elle communique avec sa mère par des messages écrits glissés sous la porte. Sa sœur Marie sert de factrice. (p 69).

Sa soeur et sa mère cachent un peu de nourriture pour Céline. (p 70).

 

Les humiliations du père :

Elle reçoit des coups de ceinture sur les cuisses nues et est privée de nourriture. (p 23).

Il fait raser entièrement les cheveux de Céline, chez le coiffeur, pour la punir. (p 47).

Coups, de poings, coups avec sa savate, coups de ceinture. (p 59).

Elle est privée de sommeil. (p 60).

A chaque week-end, enfermée avec lui, elle pense à sa mort prochaine et probable. (p

65).

Elle n’a plus le droit aux WC. « Tu feras caca par terre ! »

Ses vêtements sont confisqués. Elle va au collège avec un jogging trop petit. Moqueries des collégien-nes. (p 67).

 

Au collège :

Elle est battue par les autres. Les problèmes des parents avec son père qui est directeur dans l’entreprise locale ressurgissent sur elle. (p 63).

Elle ne peut pas aller à la piscine ayant des hématomes. Les professeurs ne l’ont pas aidée. (p 64).

 

Au lycée :

Sa conseillère principale d’éducation l’accuse de « mythomanie ». Ses préjugés lui imposent de penser qu’une enfant placée doit avoir des problèmes scolaires…(p 191).

 

L’anorexie :

En troisième, elle cherche une échappatoire. Elle pense apitoyer son père en maigrissant. En seconde, elle pèse 38 kg. Personne ne s’inquiète ou ne l’aide.

Elle est entrée dans la pathologie mentale. (p 121).

Elle décide elle-même de mourir ou de vivre. Elle interdit ainsi à son père de le faire à sa place. (p 208).

En première, elle ne pèse plus que 31 kg.

 

Le corps médical :

Le père la frappe. Elle tombe du tabouret. Les médecins pensent qu’elle s’et fait elle-même son hématome pour attirer l’attention (syndrome de Münchhausen). (p 119). (2)

Elle sait que sa parole ne suffira pas contre celle de son père. Elle doit prouver les coups reçus. (p 121).

 

Le signalement à la police :

Rien ne s’est passé comme elle le souhaitait. Elle est placée au secret. Tout le monde a peur du père. (p 155).

Dans le foyer où elle est placée, les éducateurs et éducatrices pensent qu’elle invente. Elle est en 1ère S, avec un an d’avance. Céline leur reproche de ne servir que de gardien ou de gardienne, sans s’adapter aux besoins individuels des jeunes. (p 163).

 

Le procès :

Pendant le procès, elle a honte d’elle-même. Après le jugement, elle est soulagée d’être reconnue comme victime. Plus personne ne pourra le nier. (p 168).

Elle n’a plus peur de mourir. Elle pense à elle, à 14 ans, et ne veut plus revenir dans sa famille. (p 170).

Mais le père ne veut pas lâcher prise et exige un droit de visite. (p 191).

 

Retours vers sa famille :

Les week-ends, elle rentre en famille. Le père a abandonné le piano, mais s’oriente vers les mathématiques. Il recommence ses violences psychologiques et ses humiliations précédentes, sans les coups.

 

Les infanticides :

Ils sont acceptés par la société. Entre le 17e et le 19e siècle, 6 millions d’enfants sont mort-es pour réguler les naissances. Iels étaient donné-es à manger aux cochons ou abandonnés dans les bois. (p 227) (3)

 

L’autorité parentale :

Au 21e siècle, le droit absolu des parents n’est toujours pas remis en cause.

Les parents doivent s’adapter aux besoins des enfants, pas l’inverse. (p 228)

 

Le harcèlement :

Il concerne tout le monde, les enfants et les adultes.

Quand un enfant souffre psychologiquement, les adultes ont du mal à imaginer la maltraitance. Iels pensent que l’enfant s’oppose et se rebelle (Ndlr : gratuitement, sans raisons ?) (p 230).

 

Les enfants des Dieux maltraités dans la mythologie :

Héphaïstos et Harpocrate. ( 230 à 234).

 

Sandor Ferenczi, en 1932, a dénoncé les familles honorables et puritaines dans lesquelles les enfants étaient violé-es. (p 234). (4)

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(1) Céline Raphaël – informations disponibles

  • Profession : interne et médecin ; auteure de La Démesure – Soumise à la violence d’un père (liberation.fr)
  • Thématique : lutte contre la maltraitance infantile, partage de son vécu personnel  (liberation.fr) (label-emmaus.co)
  • Âge mentionné : dans l’article de Libération de 2013, elle est décrite comme ayant 28 ans (liberation.fr), ce qui indiquerait une naissance vers 1985.

(2) Syndrome de Münchhausen :

  • Définition : Trouble factice où la personne simule, exagère ou provoque délibérément des symptômes médicaux afin d’attirer l’attention et les soins médicaux.
  • Motivation : Recherche de rôle de « patient » et de la sympathie du personnel soignant, sans bénéfice matériel évident.
  • Caractéristiques
    • Historique médical souvent incohérent ou changeant.
    • Refus de subir des examens invasifs ou de quitter l’hôpital.
    • Connaissance médicale parfois élevée (utilisation de médicaments, procédures).
  • Diagnostic
    • Exclusion d’une maladie organique réelle.
    • Observation de comportements de simulation persistants.
    • Utilisation des critères du DSM‑5 ou de la CIM‑10 (trouble factice imposé à soi).
  • Prise en charge
    • Approche multidisciplinaire : psychiatre, médecin traitant, psychologue.
    • Thérapie cognitivo‑comportementale pour travailler sur les besoins affectifs sous‑jacents.
    • Suivi à long terme, souvent difficile en raison du refus de reconnaître le trouble. (Qwant).

(3) Infanticide entre le XVIIᵉ et le XIXᵉ siècle

  • Statut juridique
    L’infanticide était défini comme le meurtre d’un enfant nouveau‑né et était puni de la peine de mort, au même titre que le parricide ou l’empoisonnement  (journals.openedition.org)
    La loi visait à dissuader ce crime, même si les jurés pouvaient parfois faire preuve de clémence  (journals.openedition.org)
  • Répartition des auteurs
    Entre 1831 et 1900, 87 % des prévenus pour crimes contre l’enfant étaient des femmes  (journals.openedition.org)
    Dans la Haute‑Marne, 102 crimes contre l’enfant ont été jugés entre 1812 et 1900, la majorité se produisant dans les campagnes  (journals.openedition.org)
  • Nombre de cas
    Entre 1831 et 1880, environ 9 000 meurtres de nouveau‑nés ont été traités par les cours d’assises en France  (loirebeauce-encyclopedia.fr)
    Aucun des documents fournis ne mentionne une estimation de 6 millions d’enfants décédés pour infanticide entre le XVIIᵉ et le XIXᵉ siècle.
  • Acceptation sociale
    Les sources décrivent l’infanticide comme un crime grave, puni sévèrement, et montrent que la société ne l’acceptait pas.
    Les jurés, bien que parfois indulgents, étaient sensibles à la gravité du crime et à la possibilité de circonstances atténuantes  (loirebeauce-encyclopedia.fr)

À quoi ressemblait la vie des enfants dans les années 1800 ?

En l'absence de lois pour protéger les enfants, ces derniers n'avaient que peu de droits et étaient maltraités. Considérés comme la simple propriété de leurs parents, nombre d'entre eux étaient abandonnés, maltraités, voire achetés et vendus . Pensés être nés mauvais, les enfants devaient être corrigés, punis et transformés en bons citoyens. (Open chat).

Du XVIème siècle à nos jours, des dizaines de milliers de femmes ont été traduites en justice pour ce crime : au moins 1 500 (sans doute beaucoup plus) ont été condamnées et pendues entre le XVIème et le XVIIIème. (Plume d’histoire).

On connaît mal l'ampleur de l'infanticide - meurtre d'un enfant, souvent nouveau-né - au Moyen Âge -, les sources, difficilement accessibles, ayant été peu exploitées. (Historia).

(4) Sándor Ferenczi a effectivement dénoncé en 1932 que même les enfants issus de familles honorables et de tradition puritaine étaient souvent victimes de violences et de viols.
Cette affirmation apparaît dans son travail de 1932, où il souligne la fréquence des abus sexuels dans des milieux qui, à première vue, semblent protégés et moralement irréprochables  (eglise.catholique.fr)

« Même des enfants appartenant à des familles honorables et de tradition puritaine sont, plus souvent qu’on osait le penser, les victimes de violences et de viols »  (eglise.catholique.fr)

Cette citation montre que Ferenczi a remis en question l’idée que les abus sexuels étaient confinés aux familles « démodées » ou « déviantes », et qu’il a mis en lumière la présence de tels traumatismes même dans les milieux les plus respectables.

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