Céline
Raphaël
La
démesure.
Soumise
à la violence d’un père.
Editions
Max Milo
2012
Céline
a survécu et a pu écrire un récit bouleversant. Merci Céline pour votre
courage.
Elle
subira l’extrême sévérité de son père. Il croyait que c’était une méthode d’apprentissage.
C’est contre-productif. (p 21). Elle pense que son père ne l’aime plus et est
capable de la tuer. C’est le début de la peur et de l’angoisse de mort. (p 25).
Son
texte est universel. Il concerne toutes les victimes, enfants ou adultes, de
tous sexes. Son père a confondu autorité et autoritarisme.
D.
Rousseau parle d’elle comme d’une « enfant esclave pour
l’excellence ». (p 222).
Un-e
enfant maltraité-e connaît des problèmes psychiques, une désillusion parentale, une absence d’espérance dans la solidarité humaine (p 235).
Elle
est née en 1982 ou 83 ? (1)
La
petite enfance :
A 2
ans, elle est curieuse de tout. Elle se demande si c’est de sa faute tout ce
qui lui est arrivé. A-t-elle été trop pénible pour ses parents ? Elle
culpabilise. (p 13)
Après
l‘arrivée de sa petite sœur qui l’a chamboulée, elle pense qu’elle en a trop
demandé à sa mère, qui fatiguée, la confie à son père. Il lui fait prendre ses
premiers cours de piano à ses 3 ans. Un professeur a accepté cette tâche. (p
16).
L’apprentissage
du piano.
En
France, elle joue entre 3 et 4 heures de piano par jour. A l’âge de 4 ans et
demi, en Allemagne, elle subit des punitions perverses de son père. Il a choisi
une professeure qui pense comme lui sur les punitions comme la seule manière d’éducation.
(p 21).
A 7
ans, la famille retourne en Auvergne. Un nouveau professeur de piano est
engagé. Détestant le piano, elle a appris à rêver pendant qu’elle joue comme
une automate. (p 39). Elle lisait tout en travaillant son piano (p 53).
A 8
ans, elle gagne un prix national. Les autres participant-es ont seize
ans ! (p 51). Son problème est qu’elle a été excellente. (p 53). Le père
se cache pour écouter si elle joue toujours au piano quand il est
« absent » et quitte la maison. (p 56).
Elle
met un CD de musique à fond et s’autorise à jouer à la corde à sauter. (p 59).
Adulte,
le seul morceau qui l’émeut est la « Première balade » de Chopin. (p
95).
Chopin - Ballade No.1 in G minor, Op.23 (Krystian Zimerman).
En
seconde, elle s’entraîne plus de 45 heures par semaine. (p 109).
Le
silence de Céline.
Elle
se tait car elle a peur des représailles et pense qu’elle ne sera pas crue. (p
30).
Elle
reste seule avec son secret. (p 55).
Aucun
adulte ne l’aide. Elle se tourne vers la magie et les prières. (p 60).
Elle
se tait. Elle a peur que l’on se moque d’elle : « Avec sa bonne
situation sociale, de quoi se plaint-elle ? » (p 66). Pas de visite médiale
à l’école.
Ses
parents.
Son
père :
Elle
décrit son père comme un sauvage. (p 27). Son père domine et laisse un rôle de
faible à sa femme. Elle n’a pas voix au chapitre. (p 30). Des années plus tard,
il sera dans le déni de sa violence, en répétant « Je suis sévère, mais
juste ! » (p 30).
Sa
mère :
Sa
mère étouffe à la maison. (p 28). Quand elle essaie de s’interposer entre
Céline et son père, il la repousse brutalement et son mari s’enferme avec sa
fille dans la « salle de jeu ». (p 49). Quand le père est absent, sa
mère lui permet de jouer avec un ami de son âge et lui autorise ainsi un retour
vers son âme d’enfant. (p 58).
Quand
elle est enfermée, elle communique avec sa mère par des messages écrits glissés
sous la porte. Sa sœur Marie sert de factrice. (p 69).
Sa soeur
et sa mère cachent un peu de nourriture pour Céline. (p 70).
Les
humiliations du père :
Elle
reçoit des coups de ceinture sur les cuisses nues et est privée de nourriture.
(p 23).
Il
fait raser entièrement les cheveux de Céline, chez le coiffeur, pour la punir.
(p 47).
Coups de poings, coups avec sa savate, coups de ceinture. (p 59).
Elle
est privée de sommeil. (p 60).
A
chaque week-end, enfermée avec lui, elle pense à sa mort prochaine et probable.
(p 65).
Elle
n’a plus le droit aux WC. « Tu feras caca par terre ! »
Ses
vêtements sont confisqués. Elle va au collège avec un jogging trop petit.
Moqueries des collégien-nes. (p 67).
Au
collège :
Elle
est battue par les autres. Les problèmes des parents avec son père qui est
directeur dans l’entreprise locale ressurgissent sur elle. (p 63).
Elle
ne peut pas aller à la piscine ayant des hématomes. Les professeurs ne l’ont
pas aidée. (p 64).
Au
lycée :
Sa
conseillère principale d’éducation l’accuse de « mythomanie ». Ses
préjugés lui imposent de penser qu’une enfant placée doit avoir des problèmes
scolaires…(p 191).
L’anorexie :
En
troisième, elle cherche une échappatoire. Elle pense apitoyer son père en
maigrissant. En seconde, elle pèse 38 kg. Personne ne s’inquiète ou ne l’aide.
Elle
est entrée dans la pathologie mentale. (p 121).
Elle
décide elle-même de mourir ou de vivre. Elle interdit ainsi à son père de le
faire à sa place. (p 208).
En
première, elle ne pèse plus que 31 kg.
Le
corps médical :
Le
père la frappe. Elle tombe du tabouret. Les médecins pensent qu’elle s’est fait
elle-même son hématome pour attirer l’attention (syndrome de Münchhausen).
(p 119). (2)
Elle
sait que sa parole ne suffira pas contre celle de son père. Elle doit prouver
les coups reçus. (p 121).
Le
signalement à la police :
Rien
ne s’est passé comme elle le souhaitait. Elle est placée au secret. Tout le
monde a peur du père. (p 155).
Dans
le foyer où elle est placée, les éducateurs et éducatrices pensent qu’elle
invente. Elle est en 1ère S, avec un an d’avance. Céline leur
reproche de ne servir que de gardien ou de gardienne, sans s’adapter aux
besoins individuels des jeunes. (p 163).
Le
procès :
Pendant
le procès, elle a honte d’elle-même. Après le jugement, elle est soulagée
d’être reconnue comme victime. Plus personne ne pourra le nier. (p 168).
Elle
n’a plus peur de mourir. Elle pense à elle, à 14 ans, et ne veut plus revenir
dans sa famille. (p 170).
Mais
le père ne veut pas lâcher prise et exige un droit de visite. (p 191).
Retours
vers sa famille :
Les
week-ends, elle rentre en famille. Le père a abandonné le piano, mais s’oriente
vers les mathématiques. Il recommence ses violences psychologiques et ses
humiliations précédentes, sans les coups.
Les
infanticides :
Ils
sont acceptés par la société. Entre le 17e et le 19e siècle,
6 millions d’enfants sont mort-es pour réguler les naissances. Iels étaient
donné-es à manger aux cochons ou abandonnés dans les bois. (p 227) (3)
L’autorité
parentale :
Au
21e siècle, le droit absolu des parents n’est toujours pas remis en cause.
Les parents
doivent s’adapter aux besoins des enfants, pas l’inverse. (p 228)
Le
harcèlement :
Il
concerne tout le monde, les enfants et les adultes.
Quand
un enfant souffre psychologiquement, les adultes ont du mal à imaginer la
maltraitance. Iels pensent que l’enfant s’oppose et se rebelle (Ndlr : gratuitement,
sans raisons ?) (p 230).
Les
enfants des Dieux maltraités dans la mythologie :
Héphaïstos
et Harpocrate. ( 230 à 234).
Sandor
Ferenczi, en 1932, a dénoncé les familles honorables et puritaines dans
lesquelles les enfants étaient violé-es. (p 234). (4)
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(1) Céline Raphaël – informations disponibles
- Profession : interne et médecin ;
auteure de La Démesure – Soumise à la violence d’un père (liberation.fr)
- Thématique : lutte contre la
maltraitance infantile, partage de son vécu personnel (liberation.fr) (label-emmaus.co)
- Âge mentionné : dans l’article de Libération
de 2013, elle est décrite comme ayant 28 ans (liberation.fr), ce qui indiquerait une naissance vers
1985.
(2) Syndrome de Münchhausen :
- Définition : Trouble factice où la
personne simule, exagère ou provoque délibérément des symptômes médicaux
afin d’attirer l’attention et les soins médicaux.
- Motivation : Recherche de rôle de
« patient » et de la sympathie du personnel soignant, sans bénéfice
matériel évident.
- Caractéristiques
- Historique médical souvent incohérent ou
changeant.
- Refus de subir des examens invasifs ou de quitter
l’hôpital.
- Connaissance médicale parfois élevée (utilisation
de médicaments, procédures).
- Diagnostic
- Exclusion d’une maladie organique réelle.
- Observation de comportements de simulation
persistants.
- Utilisation des critères du DSM‑5 ou de la CIM‑10
(trouble factice imposé à soi).
- Prise en charge
- Approche multidisciplinaire : psychiatre, médecin
traitant, psychologue.
- Thérapie cognitivo‑comportementale pour travailler
sur les besoins affectifs sous‑jacents.
- Suivi à long terme, souvent difficile en raison du
refus de reconnaître le trouble. (Qwant).
(3) Infanticide entre le XVIIᵉ et le XIXᵉ siècle
- Statut juridique
L’infanticide était défini comme le meurtre d’un enfant nouveau‑né et
était puni de la peine de mort, au même titre que le parricide ou
l’empoisonnement (journals.openedition.org)
La loi visait à dissuader ce crime, même si les jurés pouvaient parfois
faire preuve de clémence (journals.openedition.org) - Répartition des auteurs
Entre 1831 et 1900, 87 % des prévenus pour crimes contre l’enfant étaient
des femmes (journals.openedition.org)
Dans la Haute‑Marne, 102 crimes contre l’enfant ont été jugés entre 1812
et 1900, la majorité se produisant dans les campagnes (journals.openedition.org) - Nombre de cas
Entre 1831 et 1880, environ 9 000 meurtres de nouveau‑nés ont été traités
par les cours d’assises en France (loirebeauce-encyclopedia.fr)
Aucun des documents fournis ne mentionne une estimation de 6 millions
d’enfants décédés pour infanticide entre le XVIIᵉ et le XIXᵉ siècle. - Acceptation sociale
Les sources décrivent l’infanticide comme un crime grave, puni sévèrement,
et montrent que la société ne l’acceptait pas.
Les jurés, bien que parfois indulgents, étaient sensibles à la gravité du
crime et à la possibilité de circonstances atténuantes (loirebeauce-encyclopedia.fr)
À quoi ressemblait la vie des enfants dans
les années 1800 ?
En
l'absence de lois pour protéger les enfants, ces derniers n'avaient que peu de
droits et étaient maltraités. Considérés comme la simple propriété de leurs
parents, nombre d'entre eux étaient abandonnés, maltraités, voire achetés
et vendus . Pensés être nés mauvais, les enfants devaient être corrigés,
punis et transformés en bons citoyens. (Open chat).
Du XVIème siècle à nos jours, des dizaines de milliers
de femmes ont été traduites en justice pour ce crime : au moins 1 500 (sans doute beaucoup plus) ont été
condamnées et pendues entre le XVIème et le XVIIIème. (Plume d’histoire).
On connaît mal l'ampleur de
l'infanticide - meurtre d'un enfant, souvent nouveau-né - au Moyen Âge -, les
sources, difficilement accessibles, ayant été peu exploitées. (Historia).
(4) Sándor Ferenczi a
effectivement dénoncé en 1932 que même les enfants issus de familles honorables
et de tradition puritaine étaient souvent victimes de
violences et de viols.
Cette affirmation apparaît dans son travail de 1932, où il souligne la
fréquence des abus sexuels dans des milieux qui, à première vue, semblent
protégés et moralement irréprochables (eglise.catholique.fr)
«
Même des enfants appartenant à des familles honorables et de tradition
puritaine sont, plus souvent qu’on osait le penser, les victimes de violences
et de viols » (eglise.catholique.fr)
Cette
citation montre que Ferenczi a remis en question l’idée que les abus sexuels
étaient confinés aux familles « démodées » ou « déviantes », et qu’il a mis en
lumière la présence de tels traumatismes même dans les milieux les plus
respectables.
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