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samedi 9 août 2025

Jean d’Ormesson - Au plaisir de dieu.

 

Jean d’Ormesson

Au plaisir de dieu.

Editions Gallimard – 1974

 

Quand j’ai appris que c’était sa biographie, je l’ai lue car je voulais comprendre comment cette famille aristocratique avait perdu son château de  Plessis-lez-Vaudreuil (1). Il ne donne pas toujours les noms des personnes dont il parle.

Il n’aime pas la République et ses valeurs. Il a été journaliste au Figaro. Il romance, brode son histoire.

 

Le grand-père :

Le grand-père de Jean d’Ormesson (2) a beaucoup compté, conté, et raconté. Sur les principes et les valeur aristocratiques expliquées dans ce livre, on croirait que Trump a fait un copié-collé des arguments (NDLR : j’ai accordé au féminin avec valeurs). Le grand-père surnommait Gambetta « Grambetta » (= grand bêtat) (p 21).  Il parlait le latin et lisait le grec ancien. Il a été député d’extrême droite pendant un court temps. Il était duc (p 268).

Son père (3) :

Les Noailles et les d’Harcourt sont des cousin-es du père, mort en 194-1918, au Chemin des Dames, à l’âge de 35 ans. Jean d’Ormesson en avait 14 (p 72).

Ses aïeules :

Parmi ses aïeules, il y a eu des libertines (p 14), des prieuses, (p 15).

Sa grand-tante rencontrera le premier homme noir à l’Exposition coloniale (4) (p 17).

L’arrière-grand-mère de son grand-père a écrit ses mémoires. Comment s’appelait-elle, celle qui a fréquenté Rivard, Staël, Chateaubriand, B. Franklin ? (5) Ndlr : Si on remonte sur cinq générations, on tournerait vers 1849…Je compte 5 X 25 = 125. Il romance car les dates de ces personnalités ne correspondent pas. Elles ont vécu au XVIIIe siècle, soit un siècle plus tôt.

Une aïeule est morte de chagrin. Un de ses fils est devenu un escroc en Amérique du Sud, en vendant des bateaux, des maisons, des femmes qui ne lui appartenaient pas (p 19).

Il a eu des grandes duchesses allemandes, des actrices du théâtre Michel, une sœur du Maréchal de Coligny (6) dont toute la famille a été assassinée pendant la Saint-Barthélémy, sauf un enfant, des filles de la famille Krupp, parmi ses aïeules (p 23). Une arrière-grand-mère a déniaisé trois rois (p 25). La famille apprécie beaucoup la duchesse d’Uzès (p 29). La comtesse de Ségur, du côté russe, faisait partie de ses tantes (p 70). Son arrière grand-mère, à Rome a refusé la communion donnée par un doyen. « Nous, c’est le pape ou rien » (p 78). « Entre le peuple et nous, il existait des liens secrets » (p 136). Ndlr : ils sont très secrets et très bien gardés…

Une grande tante est morte dans une maison de repos spécialisée. Sa santé mentale était vacillante. Elle avait eu des visions de la Vierge et entendu des messages pour Fallières et Loubet (p 570).

Il a une sœur qui ne comptait pas (7). Elle n’avait pas droit au chapitre (p 143).

La fille d’Ursula veut épouser un homme marié et elle annonce : « Il divorcera ! » (p 345).

Anne-Marie, sa nièce, deviendra une star de cinéma. Nom de scène ? (p 435). Elle se droguera. Elle se retrouve seule dans une clinique à New York. Elle meurt dans la maison de Franck Sinatra d’un arrêt du cœur (p 541).

La tante Gabrielle :

La tante Gabrielle Rémy-Michault (8) a apporté dans sa dot des millions utiles pour l’entretien du château, avant la fin (p 27). Gabrielle était juive, malheur !, mais très riche…(p 32). Gabrielle était la fille d’un marchand de canons et d’oranges. Le mariage est désapprouvé par les deux familles (p 45). Il raconte les différents points de vue des deux familles avec beaucoup d’humour. C’est du Shakespeare en amour…Gabrielle est issue d’une famille de régicide, et c’est impardonnable. La grand-mère de d’Ormesson meurt trois mois après le mariage. De tristesse ? On ne sait pas.  La tante Gabrielle se situe entre Mesdames Greffulhe (9) et Chevigné (10), avant 1914 – 1918 (p 96). A Paris, elle vit rue de Varenne, dans le faubourg Saint-Germain. Elle est habillée par Paul Poiret. La duchesse de Clermont-Tonnerre (11), la marquise Elisabeth de Gramont et la comtesse Jean de Pange (= Pauline)  parlent de Gabrielle dans leurs livres (p 107).

Leurs valeurs :

Ils sont anti-dreyfusards (p 31).

Les nobles ne travaillaient pas.

Tout leur était donné (p 48). Les valeurs de liberté et de vérité heurtent la monarchie. La liberté ne leur sert que pour rétablir leur autorité (p 76). La vérité se partage entre Dieu et les monarchistes. La vérité est dans le passé.

La Révolution sert de marqueur à la monarchie. Il y a un avant et un après, empli d’angoisses (p 84). La monarchie refuse de penser pour ne pas avoir à douter.  Dieu est sa certitude (p 85). Pour d’Ormesson, la fidélité à Dieu ou au roi est un échec. C’est équivalent à faire du sur-place, de ne pas réfléchir, et de rester inadapté au monde qui change (p 52).

Le bonheur s’oppose au devoir (p 96).

Pour le maintien des privilèges, c’est l’union sacrée entre la noblesse et la bourgeoisie (p 60). « Nous venions d’une classe privilégiée qui conservait beaucoup de privilèges et de charme » (p 232).

Jean d’Ormesson est libéral-réactionnaire (p 560). Pour lui, Cohn-Bendit est un bourgeois réactionnaire (p 571).

La chasse à courre :

La famille les organisait deux fois par semaine pendant six mois (p 27).

L’argent :

Ils ont loué à Paris, à des courtisanes, des appartements vers le parc Monceau (p 29).

Les terres aux alentours du château leur rapportaient beaucoup. La vente de bois aussi.

Caillaux a instauré l’impôt sur le revenu (12), considéré comme un « petit malheur » (p 31).

Les mœurs :

Ils vont à Paris pour rencontrer les danseuses pour « leurs besoins ».

Les filles qui ne porteraient pas le nom de famille, une fois mariées, n’avaient pas d’importance.

Si une femme mourait en couche, si elle laissait un fils qui porte le nom de famille, son décès pouvait paraître anodin (p 47).

Les domestiques :

Jean d’Ormesson affirme que les « gens » qui travaillaient au château appartenaient à la famille. C’est très ambigu. Ils les « aimaient » comme on aime un-e inférieur-e qui fait bien son travail. Ndlr : Mais on ne partage pas le nom, le travail, l’héritage…

Le grand-père donnait des ordres aux domestiques fournis par Dieu (p 32 et 127). Ndlr : Dieu est mis à toutes les sauces…

Le fils du régisseur lit à la bibliothèque avec eux. Mais la société est hiérarchisée, et la différence de statut social (inférieurs ou supérieurs, maîtres ou serviteurs) se fait sentir (p 172).

« Les autres nous servaient et servaient nos desseins » (p 178).

Littérature :

Le père de Jean Racine, Louis, a écrit que« ni l’amour, ni l’intérêt n’eurent aucune part dans le choix de sa femme ». Ndlr : Il n’a pas choisi une laideronne pauvre ? (13) (p 58).

Barbey d’Aurevilly était apprécié par la noblesse française (p 42).

Mathilde de la Mole (14)  a connu le même destin qu’Anna Karenine (p 59).

Proust a fréquenté Gabrielle à la rue de Varenne (15) (p 114). Ndlr : il romance l’histoire…

La bibliothèque du château était composée de 35 000 livres (p 162).

Les ennemis de la famille se nomment Galilée, Darwin, Marx, Freud, Gutenberg (p 176).

Leur précepteur est mort à Auschwitz en 1944, d’épuisement (p 180).

Saint-Just pensait que le bonheur était une idée neuve en Europe (p 230). Ndlr : depuis que l’humain est humain, iels réfléchissent au bonheur…

Ruine de la famille :

Le Krach de Wall Street en 1929 a provoqué la ruine de la famille (p 293).

« Depuis 150 ans, tout s’écroulait autour de nous » (p 348).

Les travaux d’entretien du château vont les ruiner. Toitures, charpentes, poutres, murs n’ont pas connu de travaux depuis longtemps. Les charges sociales des employé-es s’ajoutent aux dépenses (p 450). Les revenus de la famille et la vente de tableaux ne suffisent pas. Il leur faudrait 4 à 5 millions de francs. Ils ont deux ans de sursis devant eux (p 447).

La famille engage une hypothèque et fait un emprunt avant le désastre (p 458).

Le château est vendu pour en faire une colonie de vacances. (16) Ils avaient refusé auparavant une proposition plus intéressante d’une société qui voulait en faire un hôtel avec tennis, piscine, équitation.  (p 464).

Ils vont vider le château. Toutes les œuvres d’art de Riesener, de Gainsborough, etc, ont été partagées entre les générations précédentes. Il ne reste plus que les copies, la vaisselle d’or, 36 fauteuils des Gobelins et les tableaux de Rigaud (p 470).

L’après :

Ils se réfugient dans un 5 pièces rue de Courcelles qui leur appartenait encore. L’argent de la vente a été réparti entre les descendants. (p 502)

En 1968, la gauche progressiste catholique s’y réunit et publie une publication sur l’autogestion.

L’alcool :

18 mois après la vente, ils font la Dolce Vita à Rome. La drogue, le jeu, les filles leur permettent d’oublier les habitudes sévères de Plessy-lez-Vaudreuil (p 521).

L’avenir incertain et les valeurs vacillantes les précipitent dans un monde de plaisir (p 522).

Sans alcool, sans drogue, sans érotisme, la plupart d’entre eux aurait sombré, se serait effondrée (p 525) ; Ndlr : et pourtant, l’alcool et la drogue précipitent les victimes vers la chute…

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(1)      Si, dans son roman, l’académicien aux yeux bleus place le château fictif de Plessis-lez-Vaudreuil en Haute-Sarthe, c’est bien à Saint-Fargeau, appartenant alors à la famille de sa mère, que l’écrivain a passé quelques années de sa jeunesse. (Lectures de voyage).  Issu d’une grande famille de la noblesse française (la famille Lefèvre d’Ormesson), il porte le titre de « comte » et passe son enfance au château de Saint-Fargeau, fief familial. (ad magazine).

La famille Lefèvre d'Ormesson est une famille subsistante de la noblesse française, originaire d'Île-de-France, anoblie par charge en 1553. Elle a été admise à l'ANF en 1947. Cette famille compte parmi ses membres un ministre du roi Louis XVI, des hommes de lettres et académiciens, des compositeurs, des diplomates.

Le château d'Ormesson est un édifice construit au XVIe siècle pour Louis Picot de Santeny puis agrandi au XVIIIe siècle pour la famille Lefèvre d'Ormesson.

Il est situé dans la commune d'Ormesson-sur-Marne, dans le département français du Val-de-Marne en région Île-de-France. (Wikipedia)

(2)   Tout tourne autour de la figure du grand-père paternel : Sosthène. Profondément réactionnaire et humain, il est le témoin impuissant, avec le narrateur, de la ruine. (Artetpoiesis).

(3)    Le père de Jean d'Ormesson, André d'Ormesson, était un ambassadeur de France et un ami de Léon Blum, appartenant à la noblesse de robe. (Le petit littéraire).

(4)    L’ Exposition coloniale internationale se tient à Paris du 6 mai au 15 novembre 1931, à la porte Dorée et sur le site du bois de Vincennes. (Wikipedia). L'Exposition coloniale de 1931 à Vincennes a été une manifestation idéologique visant à promouvoir l'empire français, mais elle a également été marquée par une propagande raciste et exotique, tout en suscitant des oppositions, notamment de la part de groupes anti-colonialistes et antiracistes. (Memorial 98).

(5)   L’essentiel de la carrière de Mme de Staël (1766-1817) et le début de celle de Chateaubriand (1768-1848) se déroulent à l’époque où la France vit sous l’emprise napoléonienne. (Littérature du XIXe siècle). Benjamin Franklin (1706-1790) était un imprimeur, scientifique, inventeur, homme politique et père fondateur des États-Unis, célèbre pour ses découvertes en électricité et ses contributions à la révolution américaine. (Inventeurs). François Dominique Rivard, né à Neufchâteau en 1697, fut professeur de philosophie au collège de Beauvais à Paris, et mourut en cette ville en 1778. (Inrp).

(6)    Gaspard de Coligny, né en 1519, était un noble, amiral de France et chef des protestants lors des guerres de Religion, connu pour sa conversion au protestantisme et son rôle dans la politique de conciliation, ainsi que pour son assassinat lors de la Saint-Barthélemy en 1572. (L’Internaute).

(7)    Il n’avait pas de sœur, mais un frère, Henry.

(8) Gabrielle Rémy-Michault est une tante intelligente et curieuse qui, en intégrant la famille Plessis-Vaudreuil par mariage, révolutionne la vie du château et amorce un premier bouleversement dans les traditions familiales. (Mémoires de livres). Le baron Remy-Michault fait par ses splendeurs toujours calculées les beaux jours de l'orléanisme. Son fils, Lazare Remy-Michault, s'installe en Afrique du Nord. (Electre ng). "Au plaisir de Dieu" raconte l'histoire de la famille Rémy-Michault entre la première croisade (1096) et l'avènement au pouvoir de Georges Pompidou (1969). (Babelio).

(9)    La famille Greffulhe, d'origine languedocienne, a quitté la France lors de la Révocation de l’Édit de Nantes, s'établissant à Genève puis à Amsterdam, avant de s'impliquer dans la finance à Paris, notamment avec Louis Greffulhe, et de compter des figures telles que Henry Greffulhe, aristocrate et mécène de la Belle Époque, célèbre pour son mariage avec Élisabeth de Caraman-Chimay. (France archives). Marie-Joséphine-Anatole-Louise-Élisabeth de Riquet, comtesse de Caraman-Chimay, comtesse Greffulhe par son mariage, née le 11 juillet 1860 dans le 7e. (Wikipedia).

(10) Laure Marie Charlotte de Sade, par son mariage comtesse Adhéaume de Chevigné, née le 31 mai 1859 à Passy et morte le 15 octobre 1936 à Paris, est une salonnière et une figure de la vie mondaine. (Wikipedia).

(11) Antonia Corisande Élisabeth de Gramont, née le 23 avril 1875 à Nancy et morte le 6 décembre 1954 à Paris dans le 16e arrondissement, est une femme de lettres et noble française. (Wikipedia).

(12) Joseph Caillaux a instauré l'impôt sur le revenu en France par la loi promulguée le 15 juillet 1914, après un long combat débuté en 1848, afin de moderniser la fiscalité et instaurer un système plus juste. (France 3 régions).

(13) Jeanne Sconin était la mère de Jean Racine et la sœur du chanoine Antoine Sconin. Elle est décédée en 1641, peu après la naissance de sa fille Marie Racine, laissant ses enfants orphelins. (Midi Libre).

(14) Mathilde de la Mole est une jeune aristocrate passionnée, intelligente et exigeante, qui joue un rôle central dans le roman de Stendhal en tant que seconde amante de Julien Sorel et symbole de la noblesse parisienne, tout en étant fascinée par l’histoire de son ancêtre et par des idées romantiques et libérales. (Textes libres).

(15) Robert de Montesquiou, un ami de Proust, est né à l’hôtel de Béthune, 60 rue de Varenne. (Terre d’Ecrivain). Dans ses promenades, l'auteur décrit les rues paisibles du quartier, comme la rue de Varenne, bordée de majestueuses façades d'hôtels particuliers. (Velib). Marcel Proust a vécu exclusivement sur la rive droite, le côté de la bourgeoisie, alors que la rive gauche était le côté de l'aristocratie. (Didier Saillier).

(16) En 1968, la famille de Jean d'Ormesson vend le château à une société belge, avant que Michel Guyot en fasse l'acquisition en 1979. (Synonyme du mot).

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"Nous n'avons après tout que quelques années à passer dans ce mystère qu'est la vie. Autant l'éclairer par un peu de beauté, de passion, d'amusement."

-Jean d'Ormesson-

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 Italie. Ministre de l'égalité des chances.
Voyages scolaires à Auschwitz.
Associés à l'antisémitisme d'extrême droite.
 Elle critique le lien.
10 25. 
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jeudi 29 mai 2025

Charles Le Brun

 

Charles le Brun

When the horse steals the picture 

Le chancelier Séguier,

French statesman, scholar, bibliophile, born OTD 1588.

Charles le Brun 
Quand le cheval vole le tableau 
Le chancelier Séguier, homme d'État français, érudit, bibliophile, né OTD 1588.

Le chancelier Séguier de Charles Le Brun est un portrait équestre représentant le chancelier Pierre Séguier. (Wikipedia).

L'hommage d'un peintre à son protecteur​​ Charles Le Brun a moins de 40 ans lorsqu'il réalise cette grande toile, probablement entre 1654 et 1657. (L’histoire par l’image).

Le personnage principal est, bien sûr, le chancelier Pierre Séguier (1588-1672)qui domine la scène juché sur son cheval. (Bernard Marie Collet).

Quelle magnificence dans la représentation de ce grand magistrat ! Ce portrait équestre est traité avec une grande rigueur. (Actuailes).

Dès le début de sa carrière, Charles Le Brun a abordé le genre du portrait équestre pour représenter l'autorité monarchique. (D Bril).

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Charles Le Brun

1619 - 1690

Entrée d'Alexandre à Babylone

1665

Paris

Musée du Louvre

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Charles Le Brun 
1619 - 1690
Autoportrait 
Après 1651
Huile sur toile
Paris 
Musée Carnavalet 
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Charles Le Brun

Peintre

Cour Napoléon

Paris 

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Hyacinthe Rigaud 
1649 - 1753
Charles Le Brun
1730 
Huile sur toile
Paris 
Musée du Louvre 
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Nicolas de Largillierre

Portrait de Charles Le Brun

1686

Paris

Musée du Louvre

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18 personnes ont lu cet article.




mardi 19 mars 2019

Art - Hyacinthe Rigaud


Hyacinthe Rigaud (avec collaboration)
Perpignan, 1659 – Paris, 1743
Portrait d’un officier général, anciennement dit Le Duc de Villeroy, puis le Comte de Gacé
Huile sur toile
Le général est reconnaissable à son bâton de commandement et à son armure ceinturée d’une écharpe blanche. Hyacinthe Rigaud est un célèbre portraitiste de Louis XIV. Il peignait généralement les visages et les mains, laissant à ses élèves la réalisation de ce qu’il appelait les « habillements répétés », c’est-à-dire les drapés.
Musée des Beaux-Arts
Caen

Hyacinthe Rigaud
Perpignan, 1659 – Paris, 1743
Portrait de Marie Cadenne, femme du sculpteur Martin Desjardins
1684
Huile sur toile
Il a peint les portraits du sculpteur (1683, château de Versailles) et de son épouse. Les deux tableaux devaient probablement être des pendants.
Musée des Beaux-Arts
Caen

Hyacinthe Rigaud (atelier de)
Louis XIV
Légion d'honneur

Hyacinthe Rigaud
Double portrait de Marie Serre
Perpignan

Hyacinthe Rigaud
Portrait présumé de Charles de Parvillez
Nîmes


Hyacinthe Rigaud
Cour Napoléon
Paris


Hyacinthe Rigaud (réalisé par son atelier)
Portrait officiel du jeune roi Louis XV en costume du sacre
1720
Musée Saint Rémi
Reims


Hyacinthe Rigaud 
Perpignan, 1659 – Paris, 1743
Jules Hardouin Mansart 
Architecte du roi de France Louis XIV  
1685
Huile sur toile
Lens Louvre 
Représenté ici par le premier peintre du roi, Mansart est le grand architecte de Louis XIV. Il participe aux principales entreprises royales, dont le Château de Versailles ou l'hôtel des Invalides.
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Hyacinthe Rigaud 
Perpignan, 1659 – Paris, 1743
Pierre Mignard 
Huile sur toile
Troyes 
Beaux-Arts 
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Lire aussi:
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mercredi 7 novembre 2018

On ne peut pas tout avoir. Oui ? Mais….Le Meufisme


On ne peut pas tout avoir. Oui ? Mais….

Il voulait changer de vie.
Tonio était un jeune homme courageux et vaillant. Le travail ne lui faisait pas peur. Il était le fils aîné de la mère Tablurion, une des plus belles femmes dans tout le pays. Elle était une forte tête avec de la gouaille. Rien ne la troublait et elle répondait du tac au tac. Mais elle avait fort  à faire avec toute sa marmaille et son travail de lavandière lui rapportait tout juste de quoi ne pas mourir de faim, tout juste assez pour nourrir cette nichée. Si ses mains étaient craquelées, il valait mieux ne pas recevoir une ristourne qui claquait sur les joues car elle était un peu irascible. Les enfants ne s’en approchaient pas.
Tonio vieillissait. Il était benêt, mais ça ne l’empêchait pas de garder les vaches dans les champs ou de se faire employer dans les fermes pour des travaux journaliers. Il aimerait maintenant se marier et fonder une famille. L’heure tournait et c’était à son tour de s’installer. Sa mère aurait une bouche de moins à nourrir. Seulement… oui, il y a toujours un « oui, mais »…son pied bot et sa grosse bosse sur le front qui n’avait pas diminué depuis sa naissance rebutaient les demoiselles. Il était amoureux de la belle Manon, mais elle le toisait de haut et se moquait de lui quand il avait le dos tourné. Quel malheur !
Le soir, à la nuit tombée, une fois couché sur sa paillasse, il pleurait parfois.
« Oh ! Je voudrais être beau, rien qu’un jour seulement ! Et pourquoi pas être intelligent aussi ? Mais comment faire quand je ne possède rien, pas même une masure ? »
C’est à la suite d’une telle séance de sanglots qu’apparut dans sa chambre une fée. Elle lui dit :
 « Je sais que tu ne connais pas la chirurgie esthétique, lui dit-elle. Plus tard, les humains l’utiliseront pour corriger leurs défauts physiques. Si tu es d’accord avec ma proposition, je t’éviterai ainsi les douleurs post-opératoires, et les angoisses de la guérison. Tu connaîtras tout de suite, avec ma baguette magique, le résultat de ta transformation. Pour l’intelligence, le traitement du cerveau par l’opération cervicale iconique n‘est pas encore au point. Qu’est ce que c’est ? Ce n’est pas une lobotomie. Non ! C’est vrai que tu ne peux pas connaître la lobotomie non plus. Disons pour simplifier que c’est plutôt un nettoyage des connexions neuronales qui remet le cerveau d’aplomb en intervenant sur les neurones déficients. La myéline est reconstituée, les liens réaffirmés et tout repart ! Mais moi, je vais le faire sur toi, sans anesthésie, directement par l’impulsion radicale et ferme de ma main. Je possède ce pouvoir. Et puis, je suis généreuse aujourd’hui. Je vais te faire faire des économies. Avec tes quelques deniers épargnés dans ta misérable bourse, tu ne pourrais pas t’offrir un tel luxe médical. Garde-les pour la cérémonie du mariage.»
Elle tourna autour de Tonio, évaluant mentalement les qualités et les défauts de celui-ci, et elle rajouta :
« Je peux t’aider. Je t’entends souvent pleurer. Tes pleurs sont parvenus dans le brouhaha cosmique jusqu’à mes oreilles. Mais si tu veux que mon aide dure, tu dois épouser ma nièce. Tu la connais. Elle s’appelle Françoise. Elle est orpheline de père et atteignant la semaine prochaine ses dix-huit ans, elle peut se marier rapidement. Sa mère et moi-même serons soulagées de la savoir casée. Mais sache que si tu divorces ou si tu l’abandonnes, tu recouvreras ton aspect de maintenant, et tu retomberas  dans ton désespoir. Je te préviens tout de suite, Françoise a un caractère bien trempé.»
Tout à coup, elle regarda sa montre.
« Oh, la, la ! Je te la fais courte. J’ai reçu un autre appel de sauvetage en urgence. Il s’appelle Mathias. Bon, je ne voudrais pas te presser mais tu as trois secondes pour donner ta réponse. Alors, c’est oui ou c’est non ? »
Le pauvre Tonio est éberlué. Sous le choc, il découvre que les fées existent vraiment, qu’il ne peut plus pleurer tranquillement sans être entendu par une oreille mystique dans l’espace sonore intersidéral, et qu’il doit se décider illico presto à se marier. Ca fait un peu beaucoup pour son petit cerveau qui fonctionne au ralenti. Il commence à lever la main dans un geste de désespoir et la fée la saisit.
« OK ? Tope-là ! Ton avenir est assuré. Tous tes vœux seront exaucés. »
Il faut vite réagir. Tonio peut encore retirer sa main et poursuivre sa vie comme maintenant. Tout défile devant ses yeux à trois cent quatre-vingt-dix mille kilomètres par seconde. Est-ce que sa mère l’aimera toujours en étant plus beau et plus intelligent ? Devra-t-il renoncer à Manon quand il aura épousé Françoise ? S’entendra-t-il avec elle ? Sera-t-il plus heureux ? Mais, la curiosité est un vilain défaut, et tope-là, c’est parti pour la transformation ultra rapide.
Aussitôt dit, aussitôt fait, la fée le transforme, puis disparaît.
Il cherche un miroir.
« Oh, la, la, François 1er, à côté de moi, va sembler palot. Quelle virilité emplie de charme sensuel et teintée d’une tonne de clairvoyance ! Ca y est ! Eurêka ! J’ai tout ce dont j’avais rêvé…. »
Mais une petite voix intérieure lui rappelle qu’il doit se marier rapidement. Il se dirigea vers la maison de Françoise. Comment lui présenter sa mutation physique ? Quelle histoire lui raconter ? Il ne sait pas encore comment il va s’en sortir, mais il a un cerveau performant. Sa confiance en lui est gonflée à bloc. Go !
Toc, toc, toc
« Qui c’est ? » hurle Françoise.
« C’est moi, Tonio. Est-ce que je peux entrer ? » Et Françoise découvre le nouveau visage de Tonio, tombe raide amoureuse de lui et oublie de lui demander comment il a pu obtenir cette amélioration. Tonio voit dans quel trouble se débat Françoise et veut profiter de cet avantage. « J’aimerais t’inviter au bal samedi prochain, » lui propose-t-il. Elle minaude, fait l’effarouchée, balance ses mains devant elle. Il insiste, elle accepte, le rose aux joues. L’affaire sera facilement conclue. Ah, oui, la beauté aide à résoudre les problèmes et à ouvrir de nouvelles portes habituellement fermées…
Au bal, toutes les filles courent derrière lui. Une ritournelle de noms de danse parcourt son esprit. Ses pieds l’entraînent parmi la ribambelle humaine. Quelle joie ! D’où cela lui vient-il ? Il s’en moque, il savoure. Oublié le Tonio avec sa bosse sur le front. Son pied bot devient un lointain souvenir. Il connaît les chorégraphies de toutes les danses anciennes et modernes. Les forlanes, rigaudons, menuets,  rocks,  paso doble et  bourrées n’ont plus de secret pour lui. L’anachronisme ne l’étonne même pas ! Il savoure avant tout, il réfléchira après.  Les jeunes filles se pâment, virevoltent autour de sa belle personne, elles se font remarquer et attirent son attention. Elles sont à deux doigts de lui sauter au cou. La rumeur d’un héritage provenant d’une richissime tante lointaine se répand sur toutes les bouches. Les plus vieilles villageoises imaginent qu’il a fait appel à un docteur miraculeux avec cette manne providentielle. A sa nouvelle beauté s’ajoute la richesse.  Mais Françoise veille sur sa proie et le protège des tentatives d’agressions féminines concurrentes. Françoise n’est pas dupe. Elle ronge son frein. Tonio est pour elle et tant qu’elle ne lui aura mis la corde au cou, elle affiche un sourire éclatant qui cache ses sentiments négatifs. Gare à la vengeance ! Elle se connaît, elle ne pardonnera aucune incartade.
Premier baiser entre Françoise et Tonio, déclaration d’amour et demande en mariage. Tonio est pressé. Il ne veut plus reprendre sa forme d’avant. Sa vie a changé et il en est tout heureux. C’est la première fois de sa vie. Il n’en dit pas plus. Ca ne sert  à rien. Il ne se pose plus de questions. Il est beau, intelligent. Ca lui suffit.
Le mariage aura lieu le mois suivant. Momentanément, le caractère de Françoise s’est adouci. L’amour lui donne des ailes, et elle a peur de montrer son vrai visage qui pourrait faire fuir Tonio.
Ca y est, les bagues aux doigts sont échangées. Ouf ! Chacun peut souffler. Il doit maintenant satisfaire sa femme en tous points au risque de revenir à son ancien statut qu’il ne veut plus recouvrer. Elle va pouvoir exercer son emprise sur lui car elle sent qu’elle peut en profiter, sans en connaître les vraies raisons. Mais elle ressent sa peur, alors qu’il étale sa culture, même s’il possède une voix chaude et quand les femmes sont toutes amoureuses de lui.
Et la première torture infligée va bientôt commencer. C’est la pire. Il est séduit par toutes ces demoiselles qui virevoltent autour de lui, mais il ne peut pas y toucher. Il doit censurer sa convoitise naturelle. Elles lui sautent au cou. Il n’en peut plus.
Dans la gente féminine, le bruit court que la cerbère surveille de très près sa victime. « Oh ! Comment ruser et approcher cette beauté sans s’attirer les foudres de la harpie de Françoise ? » « Tonio, as-tu une seconde pour respirer sans ta sorcière ? » ou bien « Dis, chéri, tu irradies toutes les ions positifs de l’ardeur passionnelle ! ». S’il noue une relation avec une de ces jolies femmes, la sienne va l’attendre le soir à la maison. Vous connaissez la mégère apprivoisée décrite par Shakespeare ? Elle n’est rien par rapport aux réactions de  Françoise.
«  - D’où viens-tu ?
-         Heu, je reviens du travail.
-         A cette heure-là ?
-         Le chef m’a retenu pour faire le bilan de mon travail.
-         Et à qui appartient cette nouvelle odeur sur le col de ta chemise ?
-         Quoi ? Tu m’accuses d’infidélité ? »
Et pan ! Comme dans le théâtre de Guignol, elle lui assène un coup de bâton sur la tête. Le pauvre en est tout abasourdi. Il chancelle et tombe dans les pommes. Le voilà dans de beaux draps. Enfin, il aurait préféré les partager avec une demoiselle douce et sensuelle. Il ne  revivra pas cette scène. Il n’aime pas les coups.
Plus tard, lors d’une réception dans la mairie de la ville où ils habitaient, il offrit une coupe de champagne à la si jolie femme du premier adjoint. Qu’elle est affriolante avec son petit museau entouré de si délicates tâches de rousseur qui lui donnent un air poupin. Ses grands yeux de biche le regardent, que dis-je ? le dévorent avec un appétit visible par tous. Françoise a remarqué le manège. Elle sent la colère monter en elle au point de ne plus pouvoir la contenir. Alors qu’un serviteur discret lui remplit sa coupe de champagne, elle la déverse sur la jolie moumoute de la dame et le champagne coule lentement sur son visage, suit le tracé du cou et se déverse sur la robe de soie et de dentelles. Lamentable, horrifiée, vexée, la malheureuse victime s’enfuit dans les toilettes, en pleurs.
« - Et voilà ! Je crois que tu as compris que je suis chatouilleuse par rapport aux bonnes conventions sociales.
-         Mais, ma chérie ! Je n’aime que toi, tu le sais bien.
-         Oui, c’est ce que je veux voir et constater tous les jours. »
Et c’est encore un interdit qui est posé par sa femme. Décidément, la vie de couple n’est pas drôle tous les jours.
Après la naissance des deux aînés vient une petite fille, une poupée ravissante, avec des cheveux blonds dorés qui forment une cape d’or autour de ses épaules. Elle devient en grandissant charmeuse, spirituelle. Les parents veillent à l’éducation des trois enfants. Ils ont des maîtres de musique, de danse, de latin, de grec, de russe, de français.
Mais le démon de midi tanne Tonio. Il ne peut plus sortir. Toujours à conduire les enfants sur les lieux sportifs, à la piscine, au football, à l’escrime. Toujours sur la route pour mener les enfants aux goûters d’anniversaire, au cinéma, à la patinoire. Il n’a plus un moment pour lui et il ne peut pas profiter de sa beauté auprès des femmes. Et pourtant, parmi les professeurs, il en trouve de bien jolies…
Alors, il s’inscrit sur les réseaux sociaux. Il ouvre un compte sur quatre sites principaux et importants. Je ne vous les cite pas, vous les connaissez. Evidemment, il va tomber amoureux d’une jeune femme très séduisante par ce biais. Il roucoule, se pavane, fait des allusions sexuelles discrètes, drague. Il est beau comme un dieu, elle va céder à l’amour. Jusqu’à ce que Françoise s’aperçoive de ce qui se trame derrière son dos.
« Ah ! Le gredin va voir ce qu’il va voir ! » Sa vengeance va s’abattre sur le bellâtre avec une violence inouïe.  Elle monte les enfants contre leur père. Elle leur répétait à longueur de journée : « Saviez-vous qu’il vous avait fait du mal quand vous étiez bébé ? » ou bien « Il ne dépense pas d’argent pour votre éducation, c’est moi seule qui paie pour vous ». Elle le dénigrait, le critiquait, le rabaissait, le niait, l’humiliait devant ses enfants. Alliés de leur mère, les bras armés de sa vengeance, les enfants se détournèrent du malheureux Tonio qui n’eut d’autre recours que de fermer un  à un tous ses comptes sur Internet et cesser sa relation amoureuse illégale.
Il découvre ce que signifie la sensation d’être malheureux en amour.
« - Chérie, j’aimerais visiter l’Afghanistan, susurre-t-il.
-         Hum ? Oh, moi, j’aime rester  à la maison.
-         Mon cœur, j’aimerais voir la nouvelle comédie musicale qui cartonne en ce moment, suggère-t-il.
-         Bah, il y a la série que j’adore à la télévision tous les soirs. Je ne veux pas la rater.
-         Ma belle, j’aimerais t’inviter au restaurant pour notre anniversaire de mariage, annonce-t-il joyeusement.
-         Oh la, la ! Quelle idée ! J’essaie de perdre le kilo que je viens de prendre et mon régime ne va pas me permettre cet écart alimentaire. »
Le rire ne fuse plus. Le caractère épouvantable de sa femme pèse sur sa vie qui est devenue un enfer. Il aimerait changer de vie, mais se refuse de faire appel à la fée. Il réprime dans sa tête ses pleurs. Il sait qu’il va être entendu et plus que tout, il ne veut pas redevenir célibataire, laid avec un cerveau limité. Si elle est dure avec lui, il doit serrer les dents et subir. Si elle a des paroles inattendues, il doit s’adapter. Si elle prononce des mots qui veulent l’anéantir, il doit résister et tenir. Si elle n’est pas la reine des douceurs, c’est à lui de se les procurer lui-même. Si elle est indifférente à sa vie, il peut lui en donner un sens positif et la valoriser à ses propres yeux. Françoise est prévisible et régulière dans sa haine pour lui. Son égocentrisme ne lui permet pas de s’intéresser à son conjoint. Mais il peut transformer cet enfer en une vie plus souple, plus agréable, où chaque petit détail peut être transformé en une joie secrète et certaine.
Certains matins, quand il voit sa belle mine défaite dans la glace, il se maudit de ce marché de dupe. D’autres jours, son humeur oscille, et il est heureux et resplendit de bonheur. Cependant, avec le temps, il s’aperçoit qu’il ne parviendra pas à aimer les défauts de sa compagne. Il est sur le qui-vive, il s’attend toujours au pire avec elle. Il n’est pas parvenu à la dompter. Pire, c’est lui qui est dominé par la rage. Il ne peut plus aller dans les manifestations sportives ou festives par crainte des scandales qu’elle provoque. Elle voulait le garder pour elle seule et elle est parvenue à ses fins. La vie de Tonio est terne, lui qui rêvait d’éclat, de beautés, d’innovations, de curiosités. Il ronge son frein. Tant que Françoise aura la main mise sur lui, il ne pourra pas être aimé par une autre femme, n’accèdera pas au pouvoir.
Comment résoudre son dilemme ?
Il a songé au suicide. Il ne peut pas, il n’a pas le droit. Ses enfants ont besoin de lui. Et puis, ce serait lâche de ne pas se battre. Il doit vivre pour conquérir sa dignité. Son combat est silencieux. Il ne peut ouvrir son cœur à personne. Qui l’écouterait sans se moquer de lui ? Un homme humilié par sa femme, cela n’existe pas dans l’imaginaire collectif….  « Oh, dans quel malheur vis-je ? Je ne peux plus me plaindre. Et pourtant, mon cœur en aurait besoin pour que le fiel s’en écoule et ne pourrisse pas mon organisme », se morfondait Tonio.
Le problème est faustien. En lui inoculant l’intelligence et la beauté, son âme a été infectée par la culpabilité, le remords et le doute. « C’est terrible. Je pensais à tort que toutes les portes de la réussite, de la gloire me seraient ouvertes et que l’on m’attendait. Malheureusement, je constate que je suis sous l’emprise d’une méchante femme et qu’elle me tient et me contraint à une vie étriquée et terne», pensait-il.
Voilà. Quelle fin souhaitez-vous pour lui ? Heureuse ? Malheureuse ?
Malheureuse ?
Imaginons que Tonio ait des envies de meurtre. Il y pense, envisage toutes les possibilités. Tuer sa femme seulement ? Pourquoi ne pas tuer aussi les enfants ? Puis partir vite et changer d’identité aussitôt. Sa cavale durerait toute sa vie future. Il sait que c’est difficile psychologiquement et financièrement.  Dernièrement, il a lu dans la presse qu’un caïd marseillais de la drogue venait de se rendre au commissariat pour faire cesser sa cavale qui a duré douze longues années. Il n’en pouvait plus de cette errance solitaire et de cette traque. Aura-t-il la force de caractère pour tenir toute sa fin de vie ?
Imaginons une autre possibilité. Sa femme est une dure à cuir. Elle ne meurt pas la première grâce à sa santé de fer qui lui permettra de vivre vieille, très vieille, trop âgée. Tonio se morfond dans leur maison pendant tout ce long temps qui ne passe pas. L’ennui s’installe. Il se meurt enfin de chagrin et de désespoir.
Heureuse ?
Imaginons qu’il trouve l’amour avec une dame sincère, tendre, généreuse, disponible. Françoise étant morte de maladie, il peut enfin convoler en secondes noces. Avec Manon, son amour de son adolescence, qu’il n’a pas réussi à oublier ? Mais est-elle encore disponible ?
Allez, revenons sur terre. Il restera avec sa femme. Malheureux, peut-être, mais c’est le moindre mal qu’il puisse supporter dans sa vie future. « Et si j’arrêtais de me morfondre ? Chérie, viens par ici, j’ai quelque chose d’important à te dire ! ». Ouh la, la ! Les temps changent, le ton aussi.
Il lui explique que l’amélioration de son  physique et de son intellect a été opérée par une fée. Il hésite à revenir à son ancien état, car il n‘en peut plus de sa méchanceté. « Si tu continues à être injuste avec moi tous les jours qu’il me reste à vivre, tu vas devoir supporter un être avec quelques tares physiques et de plus limité intellectuellement. Ce sera ta punition ! Je vais tellement pleurer et implorer l’aide de cette fée qu’elle me remettra dans mon état initial. »
«Il te suffit de pleurer un peu trop fort dans ton lit pour que cette satanée fée apparaisse et te transforme ? Qu’est-ce que je dois faire pour éviter ceci ? Etre gentille avec toi ? Eviter d’être injuste ?  Mon chéri, je t’aime et je vais faire de ta vie un paradis sur terre ! Non ! Ne redeviens pas laid et stupide.»
Cette fois-ci, Françoise comprend très vite qu’elle peut mener une vie avec un gros boulet et elle change son fusil d’épaule. Les rôles sont inversés…Oui, elle peut être méchante, mais elle sait que si elle continue, elle va creuser elle-même sa tombe.
Heureux, Tonio ? S’il ne l’est pas, il n’est plus malheureux. Et c’est dans son cas un moindre mal.
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Le Meufisme éveille au féminisme en flinguant les poncifs et autres clichés machos à coup d’humour décapant et de second degré assumé. Entre les Femen et Simone de Beauvoir, irrésistible.
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Que faire pour paraître viril ? Les hommes ont-ils des défauts ?


EP 2.6 : HOMMELETTE - Le Meufisme




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Masque Mwamma
Population Agbo du nord ou Idoma
Nigéria
20e siècle
Bois, pigments, fibres végétales
 La coiffure sophistiquée, les délicates scarifications évoquent la beauté féminine. Ce masque est qualifié de « enfant de la beauté ». Il était néanmoins porté par un homme habillé d’une tunique et d’une jupe en fibres tricotées et teintes. Le danseur imitait la démarche et les gestes féminins.
Musée du Quai Branly
Paris

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Louis-Marie Baader 
Lannion, 1828 -  Paris, 1919.
L'heure du goûter 
Huile sur toile.
Rennes 
Musée Beaux-Arts
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Rebecca West, (Londres, 21 décembre 1892 - Londres, 15 mars 1983), dont le véritable prénom était Cicely Isabel Fairfield, est une femme de lettres et féministe anglo-irlandaise célèbre en tant que romancière. Auteur prolifique et éclectique, elle écrivit des essais et des articles pour The New Yorker, The New Republic, The Sunday Telegraph, et The New York Herald Tribune. Elle fut aussi une correspondante importante du Bookman.

WEST. REBECCA. (1892-1983) Cecily Isabel Fairfield est née dans le comté de Kerry, en Irlande, le 25 décembre 1892. Elle avait dix ans lorsque mourut son père, Charles Fairfield, officier de l'armée et correspondant de guerre. Sa mère était pianiste de grand talent.

"Je n'ai jamais réussi à définir le féminisme. Tout ce que je sais, c'est que les gens me traitent de féministe chaque fois que mon comportement ne permet plus de me confondre avec un paillasson.".

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Dépit amoureux 
Vengeance politique ou anti féministe?
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