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vendredi 28 novembre 2025

Atelier d'artistes - Josefa Sanromán Castillo - Alice Pike Barney - Gwen John - Marie-Denise Villers -Karen Winslow -

 

Josefa Sanromán Castillo

1829-1889

Intérieur d'atelier d'une artiste, Autoportrait

Vers 1849

Josefa Sanromán Castillo (1829-1889​) was a Mexican painter who made a name for herself at a time when women were not allowed in the Art Academy. This is her occupational self-portrait, Interior de Estudio de una artista, ca. 1849.

Josefa Sanromán Castillo (1829-1889) était une peintre mexicaine qui s'est illustrée à une époque où les femmes n'étaient pas admises à l'Académie des Beaux-Arts. Voici son autoportrait au travail, Intérieur d'atelier d'une artiste, vers 1849.

Cette œuvre, peinte à l'huile sur toile, est un témoignage rare de la pratique artistique féminine à cette époque. Le titre même de l'œuvre souligne la volonté de Sanromán de se présenter comme une artiste professionnelle, et non comme une simple "amateur". À une époque où les femmes artistes étaient souvent reléguées au rang de "señoritas pintoras", Sanromán a cherché à redéfinir la féminité à travers son art, défiant les normes sociales et idéologiques. (Qwant).

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Alice Pike Barney

Self-portrait with palette – Autoportrait avec une palette

1906

Peintre

USA

Alice Pike Barney était une peintre américaine connue pour son autoportrait avec une palette réalisé vers 1906. Ce tableau, en huile sur toile, mesure 84,5 x 61,3 cm et est conservé au Smithsonian American Art Museum. (Photo 12).

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Gwen John

A Corner of the Artist’s Room in Paris

Un coin de l'atelier de l'artiste à Paris

1907

Welsh painter

Pays de Galles

Gwen John, une peintre galloise, a créé entre 1907 et 1909 l'œuvre "A Corner of the Artist’s Room in Paris", un tableau représentant un coin de son atelier à Paris, situé au 87 rue du Cherche-Midi.

La peinture représente un coin tranquille et intime d'une pièce, avec une composition simple mais évocatrice.

  • Un fauteuil en osier drapé de tissu sombre à gauche.
  • Une table en bois étroite à droite, sous une fenêtre ouverte.
  • Une lumière douce entrant par la fenêtre, créant un jeu subtil entre lumière et ombre.
  • Un livre ouvert sur la table et un manteau jeté sur le fauteuil.

L'œuvre est conservée au National Museum Wales (Musée national du Pays de Galles). (Qwant).

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Elisabetta Sirani.
Italie.
1638 - 1665
Artiste prolifique.
Professeure respectée.
1ère académie pour femmes en dehors d'un couvent.
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Elisabetta Sirani.
Sur qwant.
Père peintre et marchand d'art 
A 17 ans, déjà 190 tableaux à son actif.
A 20 ans, 1 ère commande publique.
Ouvre l'Académie de San Luce à Rome.
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Marie-Denise Villers

Young Woman Drawing

Jeune femme dessinant

1801

Jeune femme dessinant (Portrait de Charlotte du Val d’Ognes) – 1801

  • Artiste : Marie‑Denise Villers (née Lemoine)  (wikiart.org)
  • Attribution :
    • Acquis par le Metropolitan Museum of Art (New York) en 1922, initialement attribué à Jacques‑Louis David  (neocc.marionmura.fr)
    • Réattribué à Constance‑Marie Charpentier en 1977  (fr.wikipedia.org)
    • Réattribué à Marie‑Denise Villers en 1996 par Margaret Oppenheimer, basé sur la ressemblance avec Une jeune femme assise devant une fenêtre (fr.wikipedia.org)
  • Femme dessinant devant une fenêtre brisée, vue d’une galerie du Louvre  (neocc.marionmura.fr)
  • Derrière elle, un couple se tient sur un parapet  (neocc.marionmura.fr)
  • Effet trompe‑l’œil de la vitre brisée décrit comme « tour de force »  (neocc.marionmura.fr)

Le tableau n’est pas signé, ce qui a conduit aux erreurs d’attribution  (fr.wikipedia.org)

Exposée au Salon de Paris 1801, année où David boycottait l’exposition  (fr.wikipedia.org)

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4 Femmes dans un atelier de peinture

- Adrienne Grandpierre-Deverzy - L'atelier d'Abel de Pujol – 1822

Adrienne Grandpierre‑Deverzy (1798 – 1869) était une artiste peintre française reconnue pour ses tableaux historiques et ses portraits. En 1822, elle réalisa le tableau « L’atelier d’Abel de Pujol » qui représente son maître, le peintre néoclassique Abel de Pujol, conseillant ses élèves dans son atelier. Cette œuvre a été exposée au Salon des artistes français de la même année, un événement où les femmes étaient encore minoritaires (67 sur 475 exposants, soit environ 14 %) (histoireparlesfemmes.com)

Détails de l’œuvre

  • Support : huile sur toile
  • Dimensions : 0,98 m de hauteur × 1,35 m de largeur
  • Lieu actuel : Musée Marmottan‑Monet à Paris (inventaire P. 46.1.167)  (musee.valenciennes.fr)
  • Contexte : La toile montre Abel de Pujol debout sur un escabeau, entouré de moulages en plâtre, de casques et d’armes, illustrant son intérêt pour l’antique et les grands sujets historiques ou mythologiques. Le modèle central est placé au centre de la composition, éclairé par un grand rideau rouge qui dirige la lumière sur lui.

Signification

Cette peinture témoigne de la relation étroite entre Adrienne Grandpierre‑Deverzy et Abel de Pujol, qui fut d’abord son élève, puis son ami et, plus tard, son second mari en 1856. Elle illustre également la présence des femmes dans les ateliers d’art à une époque où l’Académie des beaux‑arts et l’École nationale supérieure des beaux‑arts de Paris les excluaient systématiquement. La sélection de l’œuvre pour le Salon de 1822 souligne la reconnaissance de son talent dans un milieu dominé par les hommes  (histoireparlesfemmes.com)

- Catharina van Hemessen assise à son chevalet –Antwerp, Anvers – 1548

  • L’artiste se représente en train de peindre, avec palette, pinceaux et chevalet à sa droite, et un visage esquissé dans le cadre posé. L’inscription « Ego Caterina de Hemessen me pinxi 1548 Etatis suae 20 » est visible en haut à gauche  (biennaleofwomeninart.com)

Contexte historique

  • Catharina van Hemessen (1528 – après 1565) est la première peintre flamande féminine dont des œuvres vérifiables subsistent.
  • Elle est née à Anvers et a été membre de la Guilde de Saint‑Luc.
  • En 1554, elle épouse Kerstiaen de Moryn, organiste à la cathédrale d’Anvers.
  • L’autoportrait a été réalisé à l’âge de 20 ans, avant son mariage  (estimonobjet.fr)

Lieu de conservation

  • Le tableau est actuellement exposé au Kunstmuseum Basel en Suisse.
  • Cette collection possède d’autres œuvres de Catharina van Hemessen, notamment dans le Rijksmuseum (Amsterdam) et la National Gallery (Londres)  (biennaleofwomeninart.com)

- Josefa Sanromán Castillo - Autoportrait - 1849 - Dans son atelier au Mexique

Josefa Sanromán (1829‑1889) était une peintre mexicaine pionnière. En 1849, elle réalise « Interior del Estudio de una artista » (ou Interior of an artist’s studio), une toile qui se présente comme un autoportrait dans son atelier à Mexico  (taldiacomohoy.es)

La peintre elle‑même debout devant un chevalet, en plein acte de peinture, entourée de deux femmes (probablement ses sœurs Juliana et María de Jesús). Le tableau montre également des œuvres religieuses accrochées aux murs, notamment un portrait de Santa Teresa de Ávila que la peintre est en train de réaliser  (tumblr.com)

  • Première représentation d’une femme artiste en action dans l’art mexicain du XIXᵉ siècle  (tumblr.com)
  • Met en lumière la conception de la féminité bourgeoise de l’époque, où l’activité artistique est encadrée par la sphère domestique et la foi catholique  (tumblr.com)
  • Renforce la position de la peintre et de ses sœurs comme femmes dévotement engagées dans la création artistique  (tumblr.com)

- Marie Victoire Lemoine - L'intérieur d'un atelier d'une femme peintre - 1789

  • Marie‑Victoire Lemoine (1754‑1820) était une peintre française de la période révolutionnaire.
  • Elle a étudié auprès de François‑Guillaume Ménageot et a travaillé dans la maison de Jean‑Baptiste‑Pierre Lebrun (acquise par le marchand d’art) à côté de l’atelier d’Élisabeth‑Louise Vigée‑Le Brun dans le 1ᵉʳ arrondissement de Paris  (fr.wikipedia.org)
  • À partir de 1779, elle vivait dans la maison de ses parents jusqu’à ce qu’elle emménage avec sa sœur Marie‑Élisabeth  (fr.wikipedia.org)

Elle travaillait dans la maison de Lebrun (près de l’atelier de Vigée‑Le Brun) au début des années 1770, puis a vécu chez ses parents à partir de 1779, avant de déménager chez sa sœur. (Qwant).

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Atelier

Tove Jansson in her home studio

Finnish artist, author and illustrator – Finlande – Artiste, autrice, illustratrice

1956

Atelier de Tove Jansson – studio à Helsinki (1956)

Contexte général du studio

  • Emplacement : 6ᵉ étage d’un immeuble de la district Kaartinkaupunki à Helsinki, dans un bâtiment de style Art‑nouveau construit dans les années 1910.
  • Acquisition : Tove Jansson a acheté l’appartement en 1952 grâce à un prêt bancaire important, après avoir loué le local depuis 1944  (kotona.com)
  • Aménagement : Le studio mesure environ 8 m de long et de large, avec un plafond de 5,5 m. Il possède une grande fenêtre haute et de petites fenêtres supérieures qui inondent l’espace de lumière naturelle.
  • Équipements :
    • Un petit four à bois (anciennement utilisé pour chauffer le foyer)
    • Un bain‑tub, priorité de Tove sur la cuisine
    • Un petit coin cuisine avec plaque à deux brûleurs
    • Un espace de travail dédié où elle dessinait, peignait et écrivait ses histoires.
  • Rénovations : Dans les années 1960, les architectes Raili et Reima Pietilä ont isolé les murs, ajouté un grenier et créé un espace de couchage sur le couloir, accessible par une rampe en spirale  (kotona.com)
  • Usage : En 1956, le studio était déjà la résidence principale et le lieu de création de Tove Jansson. Elle y travaillait sur les bandes dessinées Les Moomins, peignait et écrivait ses premiers romans.
  • État du bâtiment : Le local était encore exposé aux vents forts de la côte et la température intérieure pouvait descendre à 4 °C lorsqu’il faisait –17 °C dehors, comme décrit pour les hivers de l’époque  (kotona.com)
  • Vie quotidienne : Tove disposait d’un bain‑tub et d’une petite cuisine fonctionnelle, mais il n’y avait pas de cuisine complète. Elle utilisait le studio comme un « maison » où elle se sentait libre de créer.
  • Relations : Sa partenaire Tuulikki Pietilä vivait dans le même immeuble, et un passage d’attique permettait aux deux de se voir et de partager des repas, créant un espace d’échange artistique  (moomin.com)
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Atelier

Lois Mailou Jones in Her Paris Studio

Lois Mailou Jones dans son atelier parisien

1938

Influential artist and educator who emerged from the Harlem Renaissance.

Artiste et pédagogue influente issue de la Renaissance de Harlem.

Lois Mailou Jones dans son atelier parisien (1938)

Loïs Mailou Jones était en plein séjour à Paris en 1937‑1938, où elle étudiait à l’Académie Julian. Une photographie prise à cette époque montre la peintre en pleine création dans son atelier, entourée de ses œuvres et d’un petit chat qui se prélasse sur son épaule  (instagram.com)

  • Contexte artistique : Ce moment illustre la liberté d’expression que Paris offrait aux artistes afro‑américains, loin des préjugés raciaux qui l’avaient empêchée d’enseigner aux États‑Unis  (unjourdeplusaparis.com)
  • Éléments visuels : La photo capture la concentration de la peintre, les pinceaux à portée de main, et l’atmosphère intime de son studio à Montparnasse  (sisyphe.org)
  • Signification : Cet instant est représentatif de son séjour marquant à Paris, où elle a produit des œuvres majeures comme Les Fétiches (1938)  (fr.wikipedia.org)

« Loïs Mailou Jones, dans son studio parisien, 1938 » – photo de 1937‑38, cat on shoulder, painting in progress  (instagram.com)

Lois Mailou Jones

Lois Mailou Jones (1905 – 1998) était une peintre et enseignante afro‑américaine dont la carrière a duré plus de sept décennies.

 

Influence artistique

  • Après une année sabbatique à Paris (1937‑1938), elle a introduit dans ses toiles des motifs d’art tribal africain, très prisés dans les galeries parisiennes.
  • Son mariage en 1953 avec le designer haïtien Louis Vergniaud Pierre‑Noël l’a poussée à explorer les couleurs vives et les motifs haïtiens lors de voyages annuels à son domicile  (nmwa.org)
  • En 1970, elle a été nommée ambassadrice culturelle par l’United States Information Agency, voyageant dans 11 pays africains pour donner des conférences et visiter des musées, ce qui a renforcé son intérêt pour les sujets africains dans ses œuvres de 1971‑1989  (nmwa.org)

Lois Mailou Jones a été une figure centrale de l’art afro‑américain, alliant création artistique, enseignement et diplomatie culturelle. Son parcours, marqué par des expériences à Paris et en Afrique, a laissé une empreinte durable sur la scène artistique mondiale. (Qwant).

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Karen Winslow

Self-Portrait with Daughter Annie

Autoportrait avec sa fille Annie

1988

Oeuvre représentant la peintre elle‑même aux côtés de sa fille Annie, illustrant un lien maternel intime. (Qwant).

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23 personnes ont lu cet article.

 


dimanche 14 juillet 2019

Les artistes d'Avignon soutiennent "L'Humanité" - 2 - YSL

Soutien au journal « L’Humanité »
Avignon
Maison Jean Vilar
07 19

 Jean Jaurès et la vérité à dire.

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Marie-José Sirach

Avec Alain Hayot et la commission nationale culture du PCf, avec Pierre Dharréville, nous avons décidé d’organiser une journée de soutien pour « l’Humanité ».



Marie-José Sirach

Un grand nombre de départ de journalistes va avoir des conséquences importantes pour le journal. La rédaction est mobilisée, fragilisée, mais elle reste debout. Depuis ces derniers mois, nous vivons dans l’incertitude. Avec le désir, la rage au cœur et au ventre, nous souhaitons poursuivre cette belle aventure qu’est le journal. Tous les jours, c’est un miracle que le journal sorte. Il est intéressant, il est bien fait avec du cœur à l’ouvrage. Ce journal a la particularité de tenir, de poursuivre son chemin grâce à la solidarité active de ses lecteurs.



Marie-José Sirach

A Radio France, plusieurs centaines d’emplois sont menacés (entre 350 et 380). Canal Plus, ça vient de tomber (entre 300 et 500 emplois). Ca ressemble à un plan social qui ne dirait pas son nom. La presse est un des piliers fondamentaux de la démocratie. Si la presse prend des coups, si l’Etat faiblit, si les pouvoirs publics ne prennent pas leur responsabilité, c’est la démocratie qui vacille.





Jean-Louis Martinelli lit Michel Boué

HAUTE COUTURE LE DÉFILÉ YVES SAINT LAURENT À LA FÊTE DE L'HUMA

Mardi, 8 Janvier, 2002
Lors de l'édition 1988 de la Fête de l'Humanité, le public de La Courneuve découvrait, émerveillé, les créations du grand couturier Yves Saint Laurent. Un défilé organisé sur l'initiative de notre collaborateur Michel Boué. Voici le compte rendu qu'il en donnait dans nos colonnes.
 

Yves Saint-Laurent 
Paris 
Champs-Elysées
 
La grâce et les larmes
Le triomphe populaire des modèles du couturier vendredi soir, est une grande première culturelle.
On parle de cinquante mille admirateurs...
Un jour de rêve. Dès l'aube, on scrute le ciel, on consulte la météo. Nuageux sans pluie. Ouf ! Une ondée annulerait forcément le défilé des pièces de collection que sont les modèles de haute couture. Et un climat dissuasif ravirait les méchantes langues qui rêvent d'un bide pour cette grande première : l'art de la mode à la Fête des communistes.
10 heures du matin, départ survolté depuis le luxueux siège d'YSL. Au numéro 5 de l'avenue Marceau, on est sur le pied de guerre. Deux bus démarrent. · bord, cent participants griffés YSL : quarante mannequins, habilleuses, coiffeurs, encadrement. Un voyage exotique pour nos belles, les tops models les plus recherchées du monde qui vont croiser à l'arrivée les Garçons Bouchers en répétition. Le choc des mondes.
Trois heures de répétition, en tenue, sous la baguette exigeante de Claude Licard. " Pas de défilé au rabais, a prévenu Pierre Bergé. Ce doit être plus parfait que jamais. " Les camarades des chantiers alentours rappliquent, écarquillent les yeux et applaudissent. Déjà. Bon signe.
· 16 heures, pique-nique. Puis balade parmi les stands, avant la réception offerte par l'Humanité à la maison de couture. Mme Saint Laurent mère en est, mais pas Yves, absent hélas. 20 heures : les " filles ", déjà gâtées par la nature, sont entre les mains des maquilleurs qui en feront de hiératiques déesses. Le général en chef Bergé passe les troupes en revue. L'heure H approche et l'anxiété monte. Viendront-ils ? Aimeront-ils ?
· 20 h 45, une chape de glace nous tombe dessus. La pelouse est déserte alors que déjà les invités s'entassent dans le pré carré au pied de la scène.
C'est qu'on est vendredi, les travailleurs ont gagné au dernier moment La Courneuve. Et le miracle a lieu : Francis Crémieux fait les présentations. En un quart d'heure, la pelouse est noire de monde : cinquante mille personnes disent des dépêches. Serait-ce moins, c'est déjà considérable. Mais qu'en diront-ils ?
Nuit noire. Décor noir. Mannequin noir. Tailleur, pantalon noir. Une reine africaine descend l'escalier : c'est parti ! C'est parti pour cinquante minutes d'enchantement mémorable. Dans l'idéale douceur du soir, cent trente-cinq merveilles vont nous époustoufler : alternance des séries noires et des festivals de couleurs ; d'hiver et d'été ; de jour et de soirée ; de motifs cubistes et de fauves. L'ensemble est d'une majesté grandiose, d'une rigueur de mouvement parfaite, d'une grâce saisissante. Une sorte d'apesanteur semble baigner les passages. Une irréelle lenteur. Entre les tableaux, un silence tendu révèle un public suspendu à la prochaine apparition.
Au début, la foule semble frappée de stupeur. Et puis commencent à monter les bravos. " Extraordinaire, lance Pierre Bergé, ils préfèrent exactement les meilleurs modèles. " L'instinct de l'élégance. " Les mannequins n'ont jamais aussi bien défilé ", constate Christophe Girard. Tendues au départ, elles vont vite comprendre. Comprendre que ce public, innombrable, a lui aussi compris. Compris que la couture est une peinture et une sculpture ; qu'un mannequin n'est pas une femme objet, mais que son métier est de magnifier sa robe en la faisant bouger sur le corps ; que Saint Laurent est un artiste à part entière et non un marchand de vêtements chers pour femmes riches ; qu'il est venu voir et non acheter. " Ce soir, dit une fille, j'ai l'impression que toute cette beauté est pour nous. " Elle a tout pigé. Ils ont tous pigé, l'esprit dans lequel l'Huma a conçu cet événement politique d'une certaine façon, finalement. C'est aussi un hommage aux ouvrières de la haute couture avec qui nous avons fait un débat hier sur la Fête (on en reparlera).
On lit sur les visages un ravissement presque incrédule. Des gens pleurent. En coulisses, les salves de vivats sidèrent Frank et Robert, les deux assistants de Saint Laurent qui mettent la dernière touche (le petit rien qui fait tout le chic de la maison) au tableau du maître. Et quand, à la fin, la traditionnelle mariée surgit du néant dans son fourreau blanc empesé de colombes, le parterre se lève pour une ovation triomphale. Les mannequins quittent la scène à regret, bouleversées. Le clan Saint Laurent est aux anges. Des rappels tambourinent. En vain. C'est déjà fini.
Un rêve est passé vendredi par La Courneuve, il s'y était arrêté. Merci Monsieur Saint Laurent.
Michel Boué



Jean-Pierre Léonardini parle de Michel Boué.
Il écrit des chroniques théâtrales dans l’Humanité.

Il a écrit un livre « Qu’ils crèvent les critiques » qui a été PRIX DE LA CRITIQUE 2018, pour le Meilleur livre sur le théâtre.


quils-crevent-les-critiques


Michel Boué venait du « front homosexuel hohenzollern » *, et il était communiste. Il a été adopté et plébiscité par la rédaction. Il avait un grand talent. Il a écrit un très beau livre « Le roman de la robe ». Il y racontait son aventure avec la haute couture. Avec Claude Cabanes, le rédacteur en chef de l’époque, ils avaient décidé qu’il y aurait une rubrique mode dans « L’Humanité ». Ce qui n’allait pas soi. Le journal était un organe de lutes des ouvriers et d’émancipation des travailleurs. Le travail de la mode est le travail de la beauté. Maurice Thorez, après la Libération, défend la haute couture et les articles de Paris.

*


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Jean-Pierre Léonardini et le travail sur l’intelligence de « L’Humanité »
Ce travail de réflexion sur l’intelligence, sur la culture et la raison, est une des raisons d’être du journal de Jaurès. Il a commencé avec tout ce qu’il y avait de grands intellectuels. Ca va d’Anatole France à Léon Tolstoï. J’ai commencé à être le plus jeune dans ce journal. Et je suis le plus vieux aujourd’hui. Je parle en qualité de doyen vénérable. Si ma voix tremble, c’st d’émotion.





Jean-Pierre Léonardini et les intermittents.
On ne demande plus aux journalistes de « L’Humanité » d’être encartés, mais d’avoir de la sincérité. C’est depuis 1993. Avant, nous étions tous des permanents du parti. C’était un acte volontaire. Je pense que l’on ne s’engage pas mais qu’on « adhère ». On « colle ». Et on ne peut pas se décoller. L’année de la lutte des intermittents (2014), nous étions en plein dans la critique sociale et politique. Nous avions passé deux ou trois heures avec une intermittente pour nous expliquer toutes les subtilités techniques et administratives. On a pris des notes (ils étaient deux journalistes, NDLR). En rentrant on a essayé de retranscrire la plupart de ses propos parce qu’on n’avait pas tout compris.





Julie Brochen lit Muriel Steinmetz

MAGUY MARIN : UN LION D’OR POUR UNE ARTISTE INSOUMISE

Lundi, 27 Juin, 2016
Après Pina Bausch et Anne Teresa De Keersmaeker, la chorégraphe française a été distinguée à Venise, où elle nous a accordé un entretien.
Venise, envoyée spéciale.
Le 18 juin, date historique s’il en est, Maguy Marin a reçu de Virgilio Sieni, directeur artistique de la Biennale internationale de danse de Venise, la récompense suprême qu’elle a aussitôt dédiée à sa mère, Louisa, et à sa fille, Louise. Elle s’est également réclamée de Pasolini. Elle est arrivée en train de Montpellier parce qu’elle redoute l’avion et nous a reçus dans son hôtel dès son arrivée.
Un lion d’or, c’est impressionnant…
Maguy Marin : Je suis reconnaissante envers Virgilio Sieni d’avoir pensé à moi. Le lion d’or récompense un parcours et une vie dédiée à la danse. Cela signifie aussi que l’on n’a plus 20 ans. On mesure la somme de ce que l’on a accompli. On pense aussi à ceux grâce à qui cela fut possible. Je reçois donc ce prix en mon nom mais je mesure aussi combien mon parcours n’aurait pas été le même sans de multiples rencontres.
Vous avez toujours pensé que la danse, le théâtre et l’art en général ne sont jamais coupés de la réalité sociale. Dans ces moments durs que traverse aujourd’hui la France, le pensez-vous plus que jamais ?
Maguy Marin Oui, évidemment. Nous sommes dans une situation vraiment très difficile. Personnellement, il me semble que quelque chose est arrivé à saturation et que du nouveau dans le champ politique commence à émerger, comme Nuit debout. Il va falloir songer à « organiser notre pessimisme », comme disait Walter Benjamin. Au lieu de s’attarder dans l’impuissance d’agir, il nous faut envisager de coopérer, même de manière locale, pour contrer les dégâts monstrueux du néolibéralisme. Je ne pense pas à une révolution mais à des actes posés de résistance. Il y a déjà eu dans notre histoire des gens qui ont lutté contre de telles machines infernales. Je pense notamment à mes parents, à tous ceux qui ont résisté durant la guerre. Même dans leur façon d’être, dans leur travail au quotidien, dans leur rapport avec l’autre au sein du couple, certaines personnes, au lieu de penser à se sauver elles-mêmes, ont sauvegardé une certaine idée de l’humain. Ce sont des exemples. J’arrive à un âge où je pense aussi beaucoup à transmettre à des jeunes gens.
Vous aviez choisi en 2010 de quitter la direction du centre chorégraphique national (CCN) de Rillieux-la-Pape…
Maguy Marin En effet. Personne ne m’avait demandé de partir. Il s’agissait d’un choix conscient et responsable.
Cela vous a-t-il permis d’être plus libre encore maintenant ?
Maguy Marin La différence est qu’avec moins de moyens financiers nous sommes moins nombreux, et donc cela se passe mieux entre nous dans le travail. Lorsqu’on se trouve à la tête d’une telle institution, un CCN, on a en main un lieu ressource et donc on a affaire à des gens qui sont en demande matérielle. Désormais, c’est différent. Ceux avec qui je travaille sont dans une position moins hiérarchique. Nous sommes tous alors en demande. Cela oblige à une collaboration permanente.
Avez-vous le sentiment d’un désengagement officiel en France dans le domaine de la chose artistique publique ?
Maguy Marin Absolument. L’aide de l’État se dégrade et ce n’est pas d’aujourd’hui. Dès qu’on répond à des choix censés émaner des électeurs, sous couvert de s’adresser en toute simplicité au peuple, on tombe dans le populisme. Du coup, l’exigence artistique ne peut pas être comprise et l’on nous taxe volontiers d’élitisme. Il y a aussi que les noms des artistes les plus connus, chorégraphes, metteurs en scène, plasticiens, ne servent plus que de vitrine. Chez eux, la question de l’art ne se pose plus vraiment. Ils ne sont plus qu’admirés. Il est une autre possibilité, le partage convivial et social de la culture, par exemple ce qu’il se passe avec la Semaine du tango. Pourquoi pas ? C’est formidable, mais il y a quand même un grand fossé entre toutes ces pratiques. Ne jamais oublier que l’art crée aussi de la culture. En interrogeant les œuvres et ceux qui les produisent ainsi que ceux qui les regardent, on travaille aussi le politique. Or, il y a de moins en moins de lieux où cela s’effectue.
Qu’en est-il, selon vous, de l’actuelle condition dite des intermittents ?
Maguy Marin : Si le Medef n’est pas d’accord et si l’État cède là-dessus, on court à la catastrophe. Ce soutien à la culture et à l’art est essentiel. Sinon, c’est le fait du prince.
Les honneurs pleuvent cette année, notamment à Dijon auprès des jeunes compagnies de théâtre, à qui vous avez été donnée en exemple pour les formes modernes et la conception de l’art aujourd’hui qui est la vôtre.
Maguy Marin C’est l’âge aussi qui veut ça et le fait que j’ai perduré. C’est curieux tout de même ces hommages rendus à un moment donné. Je ne crache pas dans la soupe. Je pense au temps qui passe mais je me sens très ancrée dans mon présent. Ce qui m’intéresse, je vous l’ai dit, c’est la transmission. L’invitation mérite la peine, car elle permet de rencontrer des jeunes gens, de voir leur travail. On s’inspire tous les uns des autres. Pour moi, ce fut Pina Bauch mais aussi Giorgio Strehler, Tadeusz Kantor, Merce Cunningham et même Marcel Duchamp et Giacometti. Tous ceux qui ont travaillé, écrit, laissé des œuvres. Cela nourrit. Quand on est jeune et qu’on ne connaît pas encore grand-chose, c’est chez ceux-là qu’on peut et qu’on doit puiser des forces. J’en ai cité plusieurs car aucun d’eux n’est unique.
Parlons de l’état des lieux de la danse contemporaine. Sommes-nous dans une période de progression, de découverte, ou cela tourne-t-il un peu en rond ? Le goût des formes nouvelles est-il présent ou déserte-t-il ?
Maguy Marin Je ne vais pas voir beaucoup de danse. Ça m’a toujours un peu ennuyé (rires). Kantor m’a mille fois plus touchée que maints spectacles de danse dite contemporaine. Et j’en reviens toujours à Pina Bausch. Je me sens plus proche de ce type de recherche. Cela fait longtemps que nous sommes dans une période charnière. Il faut du temps à un mouvement artistique pour s’imposer. Les éléments couvent de façon souterraine, se perdent, disparaissent avant d’émerger. Il faut parfois attendre vingt ou trente ans. Il me semble qu’en ce moment ça bouge et que ça va mûrir. Entre les années 1980, qui ont vu exploser la nouvelle danse française, et aujourd’hui – depuis 1990 –, des formes hybrides ont émergé entre musique et corps, théâtre et corps, arts plastiques et corps, dispositifs et voix. Tout cela se côtoie beaucoup plus qu’avant. Il y a un frottement fécond entre les disciplines. Je pense au cirque, et notamment aux artistes de Trottola et à Bonaventure Gacon, qui sont très contemporains tout en ne reniant pas l’héritage de la tradition avec roulottes et caravanes. Ils inventent des formes neuves, sans doute parce qu’ils ont rencontré du théâtre, comme celui du Radeau, de François Tanguy, et de la danse. On a là une forme circassienne avec des poussées théâtrales, musicales et chorégraphiques. Plus question de numéros de cirque.
Et vous, où en êtes-vous maintenant ?
Maguy Marin J’ai quitté le CCN de Rillieux-la-Pape il y a trois ans avant de me rendre à Toulouse, ma ville natale, dans l’espoir d’y fonder un espace pour la danse. Cela n’a pas eu lieu. J’avais acquis une ancienne menuiserie près de Lyon en 1997. J’en avais fait un lieu de résidence et de formation pour les artistes baptisé Ramdam. Nous avons aujourd’hui décidé d’investir cet espace avec ma compagnie de douze personnes. Nous avons pour projet de l’agrandir, d’autant plus que trois compagnies s’associent à nous. Prochaine création en 2017.


Maguy Marin
Chorégraphe

Entretien réalisé par Muriel Steinmetz






Laurent Eyraud-Chaume lit Jean-Emmanuel Ducoin

LES VERTIGES DU VENTOUX

Lundi, 22 Juillet, 2002
Le " géant de Provence " est devenu au cyclisme ce que l'Himalaya est aux alpinistes. Bien plus qu'une simple montagne à gravir.
Mont Ventoux (Vaucluse),
envoyé spécial.
Un massif calcaire tondu comme un moine sur lequel le soleil s'appesantit. De loin, d'où qu'on vienne, du nord, du sud ou d'ailleurs, on dirait un espace lunaire paradisiaque qui vous tend les bras, offrande des dieux oubliés aux hommes d'en bas. Mais de près, c'est un monde en réduction qui crée des personnages à sa démesure. " J'ai plus souffert dans le Galibier, ou l'Izoard. Mais qui s'en souvient ? ", déclara un jour Miguel Indurain. Le mont Ventoux n'est ainsi ni plus raide, ni plus long, ni plus haut que bien d'autres sommets dressés pour anéantir le plus courageux des cyclistes.
Il y a quelques années, Bernard Thévenet, double vainqueur du Tour (1975 et 1977), confessait dans nos colonnes : " Je n'y ai pas de souvenir particulier. Je dis ça, mais de cette ascension de 1970, lors de mon premier Tour, comme de celle de 1972, je peux presque jurer que j'ai gardé chaque mètre en tête. " Le " mont chauve " impressionne les mémoires. Les torture. Les éclaire. Dressé au-dessus de Carpentras, dans les odeurs de garrigue et de sécheresse, le " géant de Provence " honore encore et toujours, à chaque passage du Tour de France, le mode onirique et nostalgique.
" On y était. "
" Nous l'avons gravi, si, même que je me suis arrêté quatre fois. "
" C'était avec l'Aronde, en quelle année déjà ? "
Livres d'images mémoire à destination des peuples, à feuilleter en famille - celle du vélo et les autres. Entre le village de Bédoin, hissé à une centaine de mètres au-dessus du niveau de la mer, et le sommet à 1 909 mètres, 22 kilomètres d'ascension presque ininterrompue avec des raidards à 14 % dans la chaleur du flanc sud. " Le matin du Ventoux, c'est jamais un matin comme les autres ", raconte Lucien Van Impe, vainqueur du Tour en 1976. Et il ajoute, les yeux lumineux, lui le grimpeur originel : " C'est un mélange de peur et d'envie. Le Ventoux est un mythe pour le participant du Tour, et je ne sais pas pourquoi... "
De génération en génération, on se récite les mêmes histoires. Comment, par le versant de Malaucène, celui où, sitôt passé la source de Notre-Dame du Groseau, s'élèvent des rampes sans fin, ou par l'abrupt côté de Bédoin, celui où la route se dresse brutalement au milieu d'une forêt artificielle avant de se perdre dans les éboulis, des coureurs perdent la raison, leurs forces et parfois la vie. On le dit. Et si, comme l'a écrit Roland Barthes, " le Ventoux est un dieu du Mal auquel il faut sacrifier ", alors ce dieu jalousé et aimé n'accepta jamais qu'on lui dispute son aura.
Elle vint pourtant tardivement sur les routes de la Grande Boucle. Le 22 juillet 1951 exactement. Ce jour-là, le mont renvoie Fausto Coppi en personne à son humanité géniale. Dévasté par la mort de son frère, Serse, il mène une course sinon fantomatique, du moins évasive, de l'autre côté du miroir. Et même l'année d'après, alors qu'il s'est joué du Galibier avec l'aisance des seigneurs, corps magnifique, c'est Jean Robic qui le prive des superlatifs et d'une légende dont il ne souffrira pas.
Le vent souffle. L'angoisse monte en dedans quand commence à serpenter la route, au milieu de quelques pins. C'est dans l'un de ces virages d'ombre et de lumière que Ferdi Kubler avait attaqué en 1955. " · côté de lui, Geminiani lui a dit : "Attention, Ferdinand, le Ventoux n'est pas un col comme les autres", conte Raymond Poulidor. Kubler lui a répondu : "Ferdi n'est pas non plus un coureur comme les autres !" Quelques kilomètres plus haut, le Zurichois franchit la crête et c'est dans la descente qu'il perd pied. " Il a posé son vélo, il hennissait et s'insultait tout seul. " Le soir, en Avignon, après avoir abandonné le Tour et mis fin à sa carrière, le coureur délirait encore dans son lit et hurlait devant ses proches : "Ferdi, il est trop vieux. Il a mal. Ferdi s'est tué ! Ferdi s'est tué dans le Ventoux !" "
" J'y ai emmené mon fils avec la R 16. Fallait qu'il voit ça une fois dans sa vie. C'était sous Giscard, je crois... "
" Moi, j'ai vu Indurain s'y envoler comme un ange et laisser Eros Poli franchir le sommet en tête, puis gagner à Carpentras. "
" Moi, je n'y ai vu qu'une stèle avec "Tom Simpson" marqué dessus. "
1967. Le 13 juillet, 13e étape. Là où les arbres disparaissent, là où le Ventoux ressemble à la Lune, bien après Chalet-Reynard, il n'est plus que désert de caillasse illuminée par une blancheur chaude. Roger Pingeon grimpait avec un groupe en tête sans savoir qu'il serait vainqueur à Paris quelques jours plus tard. Ce sont ces derniers kilomètres, ceux qui répondent par la violence à la violence des hommes, qui ont tué l'Anglais Tom Simpson. L'immense journaliste Pierre Chany l'a écrit : " Simpson monte au ralenti, le regard perdu, la tête inclinée sur l'épaule droite selon une attitude qui lui est familière. " La chaleur conjuguée aux produits dopants vont précipiter un collapsus cardiaque qui le jette à terre. Chany : " Deux à trois cents personnes forment un cercle, ignorant sans doute qu'un homme est en train de mourir. Sur la route, une trentaine de coureurs attardés passent sans un regard, trop préoccupés par leur propre souffrance. " Point final.
" Devant la stèle, j'ai vu de drôles de boyaux recroquevillés, laissés par des cyclotouristes. "
" Certains y déposent des abricots séchés. "
" On dit que Jacques Anquetil y a pleuré, longuement. Mais c'était Anquetil. "
Pour Raphaël Geminiani, " volonté et maîtrise de soi " sont les deux seules armes pour " gravir la bête ". " C'était mon col fétiche, explique-t-il. Bobet et moi, on partait du principe que si c'était dur pour nous, c'était encore plus dur pour les autres. " L'homme sait de quoi il parle, pour l'avoir toujours à peu près dompté, en 1951 comme en 1952, ou en 1955, et en 1958, année où il prit le maillot jaune au terme d'un contre-la-montre de légende remporté par Charly Gaul. " Bien sûr, poursuit-il, le Ventoux par Bédoin, c'est terrible car dans les huit premiers kilomètres, on se sent comme un poisson hors de l'eau. Une fois qu'on quitte le bois, on se dit : ouf ! ça va mieux... sauf qu'au sommet le soleil du Vaucluse brûle tout ce qui se présente. "
Et que peut en dire Eddy Merckx ? 1970 encore : le " cannibale " s'écroule sitôt la ligne franchie. Comme une vengeance. Le plus beau palmarès de l'histoire de la petite reine avait oublié qu'on ne peut s'octroyer une chose inestimable sans en payer le prix. Victoire, mais plus de souffle pour le Belge. Il chute de l'estrade. Se relève. On le place sous une tente à oxygène, tout comme son dauphin Martin Van Den Bossche. Les statisticiens diront qu'il tournait les jambes trop vite : 74-75 tours par minute (que dire d'Armstrong, alors ?). Les mystiques diront, moins modestes, que le Géant, humilié par cette jeunesse arrogante, s'était rebellé. " Le feu, j'avais le feu dans la poitrine ", pleurera longtemps Merckx, comme s'il fallait que ce souvenir-là et nul autre hante ses sommeils. Et Thévenet de témoigner : " Moi, j'étais cinquième, c'était ma plus belle place depuis le départ et je m'étais donné à bloc. J'étais sans voix, sans respiration. Moi aussi, je n'aurais pas dit non au masque, mais c'est lui qui a tout eu. "
" Mon grand-père a voulu monter avec la Traction : le moteur a explosé à six bornes du sommet. "
" J'ai vu des plantes qu'on ne trouve qu'au Groenland. Enfin, il paraît. "
" Au début du printemps, la route lisse est bordée de pylônes jaune et rouge encore couverts de résidus neigeux. "
Et tout là-haut, alors, qu'y voit-on ? Et pourquoi ? Et qu'y ont vu les Jean Robic, Louison Bobet, Raymond Poulidor, Bernard Thévenet, Jean-François Bernard, Marco Pantani et tous les autres, lorsque, seuls, insolents et miraculés, ils ont bénéficié de la clémence du mont ? Lorsqu'il affronta le " géant de Provence " pour la première fois, Louison ne l'avait jamais monté et disait : " Celui-là, il ne faut pas aller le voir ! " Le Ventoux prend. Le Ventoux dispose. Peu importe le statut et les honneurs, le rang et les victoires, là comme ailleurs rien ne remplace les soupirs d'effroi des anonymes. Vertiges.
Jean-Emmanuel Ducoin
P. S. Ce n'est peut-être qu'une rumeur, mais à l'endroit même où la stèle dédiée à Tom Simpson se dresse, on dit que le cour des coureurs augmenterait soudainement de quelques pulsations. Les scientifiques cherchent des explications.

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Radio France est sacrifiée:
Acte désespéré des grévistes quand la direction de Radio France refuse de les écouter.
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Patrick Le Hyaric explique les changements financiers pour l'Humanité qui a été sauvé par le tribunal.

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